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Textes de Mary sur l'exposition de Vieux Niang ( Atelier de février)

  MONOLOGUE INTERIEUR Je suis en face de ce bleu. Il m’attire, il m’interpelle comme un aimant, Il m’hypnotise Un homme portant un chapeau noir est en train de se pencher vers le sol Peut-être est-t-il en train de bêcher la terre. Cette manche de veste rayée reflète toute l’énergie qu’il est en train de déployer pour accomplir sa tâche. Son regard est aveugle et mystérieux. Son visage est occulté par son couvre-chef. Son habit est insolite. Il n’est pas habillé pour faire une tâche physique mais au fond pourquoi pas ? Cela apporte de la dignité à son travail Creuse-t-il peut-être le Canal de Panama ? Le camaïeu de bleu tel un kaléidoscope, apporte de la lumière Les losanges du damier qui attire mon regard, l’enferment mais en même temps laissent passer de la lumière par des interstices.    VERT JAUNE ROUGE Déluge de feu sur une bande de terre Déluge déversant des flammes impitoyables. Cette petite bande de terre se croyait invulnérable grâce à son isolation...

Propositions de Sébastien pour l'atelier du 25 avril

 Les textes ont été écrits en rapport les uns avec les autres  Dialogue  Laisse-moi t’offrir les vibrations d’une voix au-delà de celle de mes mots. Pourquoi ne pas consentir un peu à la réciprocité ? Regarde-moi, parle-moi… Quel entêtement… ! (Le second personnage transmet un bout de papier au 1er, sans le regarder) Très bien, je lis tes mots sur le papier, une dernière fois… - (Le premier personnage lit le mot écrit par le premier) « Les reflets et reflux de mon corps dans mes mots tordent trop mes pensées. Mes yeux figés et fixés sur le papier isolent mon âme dans une justesse adorée, ignorée de ma langue qui trop déraille. J’aime t’écrire mais je ne peux de ma bouche si bien te le dire. Ne sois pas égoïste, mon être ne saurait mieux t’offrir ». - Serais-je égoïste t’attendre de ton corps qu’il me regarde ? Ne sens-tu pas la vie qui déborde du souffle de ma voix ? N’aimes-tu pas un peu sentir cela ? Pourquoi m’en prives-tu sans répits et soucis ? - « Seul...

Un spectacle

 Proposition de Mario Un spectacle On ne pouvait pas voir le souffle d’air qui traversait la ville, mais sans lui, la scène n’aurait pas été la même. Son rythme régulier caressait les peaux, soulevait les vêtements collés par la sueur. Il diffusait les odeurs et la musique. Sur cette terrasse de Bonifacio, un faux pas aurait précipité les danseurs dans la mer, mais personne ne songeait à se tuer. On se tenait les uns aux autres, tandis que le groupe enchaînait des musiques entraînantes. La fête de la musique battait son plein, partout en ville, on entendait des sons, mais ici, maintenant, il n’y avait que ce trio qui répondait au courant d’air par ses pulsations régulières, qui entraînait les pieds et les hanches. Les projecteurs éclairaient les falaises blanches. En bas, un bateau proposait une fête alternative de riches ou de m’as-tu-vu. Mais je n’avais d’yeux que pour elle. Elle qui m’avait rendu la journée difficile, à s’échapper, à bouder, à minauder. Elle qui p...

Les définitions d'objets concrets

 Proposition de Mario Qu'est-ce qu'une porte ?  C’est ce qui cache l’escalier obscur et étroit qui s’enfonce dans la cave à charbon. Une porte, c’est le morceau de bois mal ajusté qui laisse passer les courants d’airs et les cafards, mais empêche les humains d’accéder à la cabane à jardins. Une porte, c’est grand, c’est massif, c’est barré, c’est ce qui empêche - un temps - le bourreau d’emporter Esmeralda vers la place de Grève. Une porte, c’est ce qui retient mes battements de cœur mais pas les battements de mon poing. Une porte c’est l’animal dont le cri est le grincement. Une porte, c’est une ouverture vers d’autres mondes, des mondes qui n’existent pas avant que la porte ne s’efface. Une porte c’est ce qui cache le chocolat, du premier au vingt-quatre. Une porte, c’est parfois faux, et c’est frustrant. Une porte, c’est cette surface de verre qui empêche le froid de rentrer, mais pas le paysage. Une porte, c’est un rectangle à taille humaine, même s’il faut p...

Le dialogue avec soi-même à propos d'une pratique

 Proposition de Mario Dialogue interne autour d'un art - Au moment où j’ouvre le fichier, vois-tu, je n’ai qu’une assez vague idée de ce que je dois y inscrire. Mais la programmation étant basée sur les mêmes structures, déjà, il y a un cadre, un modèle. D’une certaine façon, il faut juste le remplir. - Alors, c’est sans doute que tu n’iras nulle part. Tu dois te lancer quand tu sais, quand tout est clair dans ta tête. - Un programme, ça se modifie en permanence, ça évolue, ça se corrige. Ça porte même un nom bâtard : refactoriser. Alors tu me permettras de commencer simplement. Un programme, c’est un ensemble de fichiers qui se répondent, qui se parlent, qui s’interpellent, qui attendent un peu quelque chose des autres. Chaque fichier est un composant. On appelle ça une «classe». Et la classe crée les «objets». Les objets existent le temps nécessaire, puis sombrent dans l’oubli. Mon travail, c’est d’écrire les classes, de les rendre autonomes, utiles, indépendantes. - ...

Séance du 25 avril

  Anne Serre : découverte : « La joie de l’écrivain : surabondance d’amour pour la vie, surabondance de désir de serrer l’autre contre soi ». Dans Dialogue d’été , l’écrivaine interrogée décrit le roman comme un « jardin  » qui est en même temps « le lieu de la fabrique de l’œuvre » et ajoute-t-elle : « Cela se fait en y marchant, en y demeurant. » Anne Serre établit souvent un parallèle entre son travail d’écriture et la promenade à pied : elle dit avancer phrase par phrase, comme pas à pas, et rebrousser chemin lorsque le sentier - la phrase - emprunté n’aboutit pas : En ce qui me concerne, marcher dans la campagne a toujours eu un rôle très particulier : c’est dans ces circonstances que je “mesure” mes livres, leur construction, leurs qualités et défauts. Il me semble que je compare mes histoires aux lignes et à la présence du paysage, comme si je posais un calque sur un dessin   1.-Le dial...

Relation frère/soeur inspirée par l'extrait de Hors Champ de Marie Hélène Lafon

 Texte de Valérie Elle n’a aucune envie d’y aller, mais elle n’a pas le choix. Elle va bientôt avoir dix ans dans presque deux mois. Ce jour-là, son père vient les chercher à la sortie de l’école primaire, elle et sa sœur de trois ans sa cadette. Il a rasé sa barbe brune et a décidé d’arrêter net de fumer ses gauloises sans filtre, celles avec le paquet bleu. Oui, il vient d’avoir un fils, le fils tant attendu pour un père, son frère pour elle. Le trajet en voiture de l’école jusqu’à la maternité de Nancy est silencieux, pas un mot entre elle son père durant les quarante minutes de trajet. Pas de questions particulières, pas de remarques. Rien. Lui, languit de retrouver sa femme et de découvrir son fils. Sa sœur, très maternelle et curieuse, se réjouit d’avoir un petit frère, mais elle, la grande sœur, rien, toujours rien. Sur la porte de la maternité, on peut lire les prénoms des bébés nés ce jour. Elle cherche le prénom du bébé de sa maman et finit , parmi les Sue-...