Le dialogue avec soi-même à propos d'une pratique

 Proposition de Mario

Dialogue interne autour d'un art

- Au moment où j’ouvre le fichier, vois-tu, je n’ai qu’une assez vague idée de ce que je dois y inscrire. Mais la programmation étant basée sur les mêmes structures, déjà, il y a un cadre, un modèle. D’une certaine façon, il faut juste le remplir.
- Alors, c’est sans doute que tu n’iras nulle part. Tu dois te lancer quand tu sais, quand tout est clair dans ta tête.
- Un programme, ça se modifie en permanence, ça évolue, ça se corrige. Ça porte même un nom bâtard : refactoriser. Alors tu me permettras de commencer simplement. Un programme, c’est un ensemble de fichiers qui se répondent, qui se parlent, qui s’interpellent, qui attendent un peu quelque chose des autres. Chaque fichier est un composant. On appelle ça une «classe». Et la classe crée les «objets». Les objets existent le temps nécessaire, puis sombrent dans l’oubli. Mon travail, c’est d’écrire les classes, de les rendre autonomes, utiles, indépendantes.
- eh bien, elles existent où, tes classes, si elles ne sont pas dans ta tête au moment où tu les couches dans le fichier. Comment sais-tu ce qu’est une voiture si tu ne la vois pas dans ton esprit quand tu fermes les yeux. Et une route ? Et les caractéristiques de la route ? La route peut être à quatre voies, elle peut être recouverte de bitume, enneigée. Ta route, tu dois déjà en voir les variations dans ta tête, ensuite seulement tu pourras écrire un programme qui émule une route, qui l’instancie, comme on dit, en un objet. L’objet «route», qui portera un nom, une longueur, une couleur, une adhérence, et quoi que ce soir qui rende la route réelle, au moins dans le virtuel de ton programme. Tu ne vois pas la route, dans ton esprit, mais tu vois ce qui fait une route, ce qui la rend nécessaire pour la voiture.
- C’est vrai, mais je ne la construis pas vraiment, la route. Au début, disons que je l’appelle «route». C’est suffisant. Si, je t’assure. Plus tard, quand j’aurai défini la voiture et ses roues, il faudra sans doute que je m’inquiète si la route a des nids de poules ou pas. Mais pour le moment, tout est idéal. J’écris une route. J’écris une voiture. J’articule, je mets en mouvement, je dis que la voiture a une possibilité : la voiture roule, et pour rouler, elle a besoin d’une route. Alors dans ma programmation, cela porte un nom : c’est une méthode. Et la méthode a besoin d’un argument, d’une proposition : c’est la route. C’est absurde, une voiture qui roule sans route ? Alors la route est simplement un argument obligatoire. Je peux aussi dire : «la route ne peut pas être nulle». Plus tard, quand on parlera distance, il faudra ajouter un deuxième argument : la vitesse. Et de fait, la route devra avoir une longueur, pour aller avec la vitesse.
- Sauf que te voilà coincé, déjà. Qui dit vitesse, dit temps. Où mets-tu le temps ? Comment est-ce que tu l’écris ? Tu vois que si tu ne penses pas à tout, te voilà coincé.
- Non, c’est inutile de le définir maintenant, je fais évoluer encore le modèle. Ma route a une longueur ; ma voiture, une vitesse. Ce qui m’intéresse, c’est quand la voiture atteint le bout de la route, non ? Alors simplement, disons ceci : préviens quand tu arrives au bout de la route. Ma voiture roule. Elle a une vitesse. Attendons : une seconde, deux secondes, trois secondes. Ca y est ? Elle est au bout ? Voilà, je déclenche un événement. C’est le nom de l’opération : le programme déclenche un événement.
- Alors cet événement, qu’est-ce qu’il fait ?
- Rien, c’est ça qui est beau. Si ta voiture avance, et que personne n’est là pour la regarder, à quoi ça sert de savoir qu’elle arrive au bout, qu’est-ce que ça change ? Pour que l’événement ait du sens, il faut un observateur. Quelqu’un qui regarde la voiture, alors tu vois, là, je le rajoute. Je mets un «observateur» possible pour la voiture. Mais celui-ci peut être nul, après tout. C’est la question zen de l’arbre dans la forêt : quel bruit fait-il s’il n’y a personne pour l’entendre tomber ?
- Et ton observateur, il fait quoi ?
- Oh, mais ce qu’il veut. Il peut décider de freiner la voiture, de regarder l’accident, de prévenir les secours, voire d’en parler sur un blog. Moi, tout ce que je fais dans mon programme c’est le prévenir. Le prévenir que la voiture est arrivée au bout de la route. C’est ce qui garantit que la même voiture, la même route, peuvent servir en de multiples circonstances. Elles sont indépendantes. On peut même dire que la voiture et l’observateur sont «à couplage faible».
- On dirait bien que tu as réponse à tout, fais donc ce que tu veux, tu ne veux pas réfléchir avant, c’est libre à toi. Moi, la nuit, je vois toutes ces classes, tout ces objets. Je les imagine, avec leurs liens, leurs jonctions, leurs croisements. Je ne dors pas, tellement je suis émerveillé par leurs interactions, par les constellations qu’ils dessinent. C’est comme un monde superposé au monde.
- Bravo, tu viens juste de redéfinir le mot virtuel. Et tu vois pourquoi, simplement, il faut partir du fichier vide et le définir progressivement. Autrement, c’est la paralysie. Cela porte un mot dans le monde réel, cette paralysie : la sidération. Ce que tu vois, c’est tous les univers possibles et tu voudrais y trouver du sens. Moi, j’en construis un imparfait, petit à petit. A toi de voir ce que c’est, au fond, la programmation informatique…
 
Proposition de Valérie

Est-ce que l’art de rechercher un emploi est une pratique qui fait partie de moi et qui peut dialoguer avec le moi, artiste du collage ?

Quand colles-tu ? Quand tu ne parviens pas à dire avec des mots , des verbes, des phrases ce qui est caché, enfoui dans ton subconscient ? Quand découpes-tu ? Quand tu voies que tu as suffisamment collecté de flyers, de magazines, de fascicules, de prospectus, revues diverses et variées à l’office du tourisme, à la bibliothèque, au théâtre, et qu’ils s’amoncellent sur la table du salon . Et enfin, à quel moment colles-tu ce que tu as soigneusement découpé ? Je te le dirai plus tard.

A part découper et coller, que fais-tu en ce moment ? Je cherche. Et que cherches-tu ou que recherches-tu ? Un emploi. Et quel genre d’emploi ? Un emploi qui a du sens, qui est aligné avec qui je suis, avec moi et avec mes valeurs. Quelles sont alors tes valeurs ? Le travail, le sérieux, le respect et l’accomplissement des objectifs. N’est ce pas trop sérieux tout cela ? Au fait, qu’est-ce que tu voulais me dire plus tard ?

Je voulais te dire que , lorsque je découpe et que je colle, tout un processus se déroule. Et , je ne dois pas l’interrompre, ni manquer une étape, sinon le résultat escompté ma que de sens, et cela ne m’apporte rien. Alors, continue.

Je reviens sur le travail. Pour la France, je suis trop veille, trop diplômée, trop compétente, je fais peur, je risque de m’ennuyer… Pour la Suisse, j’ai plus de 53 ans, alors je coûte trop cher, il s y a des taxes supplémentaires à payer. Enfin , pour l’Allemagne, je suis respectée, même si je n’ai pas encore signé de contrat pour le moment, mais cela suit son bonhomme de chemin. « Bouge-toi encore . Je n’ai jamais vu une bête sauvage s’apitoyer sur son sort. Suis un autre processus, comme pour le collage. »

Au fait, revenons au collage. Après avoir découpé ce qui me plaît dans les différents magazines, je pose tout sur la table de salle à manger, je trie, et je colle sur une feuille 24cmX32cm ce qui me parle. Sur cette feuille en ressort inconsciemment avec ou sans trou blanc avec des mots ou des images ce qu’il y avait dans ma tête. Il ne me reste plus qu’à lire, traduire cette nouvelle œuvre.

Proposition de Joëlle

DIALOGUE À LA MANIÈRE D’ANNE SERRE

« La dame est celle qui va défendre mon roi. »

« C’est elle qui illumine ma vision de l’existence,

Elle met la beauté dans mes tableaux.»

« Je te fais échec et mat »

« Mais mon autre ne veut que te donner de l’émotion et de la sérénité dans ma peinture. »

« Le cavalier saute les obstacles.

« Et, je déchire souvent des œuvres qui ne me plaisent pas ou que je retouche pour mieux faire.

Au-delà des obstacles, il y a la beauté, la réussite. »

« La tour, elle prend ton pion à la verticale ou à l’horizontale, mais toujours en ligne droite. »

« En peinture, ce n’est pas la ligne droite, elle est courbe, elle passe par des endroits inconnus, ténébreux, complexes,

Mais je peux te jouer des tours. »

« Le fou, il va te prendre ton pion en diagonale. »

« Et c’est parfois à devenir fou de vouloir toujours donner le meilleur »

« J’ai placé mes pions, tu m’en as pris, je t’en ai pris. »

« Mais en fin du compte, le mieux c’est de ne pas être un pion dans l’existence. »

« Oui la dame, élégance et stratagème, la peinture, beauté et finesse ».

« Emotion du Jeu, émotion de l’Art. L’adrénaline est passée par là. »

Proposition de Francine

- arrête de dessiner… cela ne ressemble à rien -

 - tu ferais mieux de …. -

 - je ne le dis pas ! ça va t’énerver ! et puis si dessiner te fait plaisir… si tu aime perdre ton temps… c’est ton problème…de quoi je me mêle, mais de quoi je me mêle ? enfin ! - 

 - je disais ça comme ça… tu es vexé ? - 

- évidemment c’est encore du noir et blanc ! met des couleurs, un ciel bleu, des fleurs, que ça ressemble à quelque chose, du beau ! bon sang ! fait du beau ! - 

 - je vois bien que tu t’entête, tu ne vendras jamais rien, mais qui, dis moi qui acheterai un arbre mort ? qui ? pour mettre où ? dans son salon peut être ? - 

 - et dis moi, sérieusement, d’où te viens cette phobie ? tu ne dessine que des séries, d’abord que des ballons, après c’était que des voitures, une phobie, c’est ça ! depuis 3 ans c’est les arbres morts… depuis petit tu fais des séries , à l’école aussi, à la fac, quand tu es au téléphone, à table, en dormant je suis sûre…. Tu n’as jamais voulu jouer à autre chose, ni avec moi ni avec tes frères. Tu es resté un enfant. Voilà. Tu énervais maman avec ça, elle doit se retourner dans son urne …

 - sous son arbre tu veux dire. 

Proposition de Solange

Tu aimes jouer aux échecs non ? Alors pourquoi n’y consacres-tu pas plus de temps ? Pourquoi ne joues-tu pas sur l’ordinateur ?

J’aime jouer dans une salle, ou dans un café, avec un vrai adversaire en face de moi, et, à côté, d’autres tables où il y a d’autres joueurs, et pouvoir, à un moment, changer d’adversaire. Chez moi, sur un écran, je n’y arrive pas.

Et tu continues à jouer, à l’intuition, sans apprendre des coups. On t’a donné des exercices, tu ne les as pas faits, ion t’a prêté des livres, tu les as à peine regardés.

Je n’ai jamais appris de coups, et, maintenant, à mon âge, ça me paraît difficile d’apprendre. Je préfère jouer à l’intuition. C’est vrai que dans certaines situations, je ne sais souvent pas quoi jouer. Ceux qui ont suivi une école ont des réflexes stéréotypés. Mais l’improvisation, tout en anticipant les coups suivants, est un des intérêts du jeu pour moi.

Tu pourrais cependant mieux jouer, et gagner plus souvent, en ayant des réponses types aux situations rencontrées.

Pour moi, le jeu d’échecs est infini, on n’a jamais deux parties identiques. Et je préfère réagir à ma façon aux situations rencontrées.

Je suis contente quand je gagne, mais ce n’est pas grave si je perds.

As-tu au moins essayé de jouer en ligne ?

Oui, on m’a fait télécharger une application, et je me suis inscrite. Des adversaires que je connais m’ont invitée, et on a commencé des parties. Et je les ai toutes perdues par forfait. Parce que je n’avais pas envie de jouer, et qu’au bout de trois jours, c’est perdu !

 

 

 

 


 

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