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Affichage des articles du mars, 2026

Relation frère/soeur inspirée par l'extrait de Hors Champ de Marie Hélène Lafon

 Texte de Valérie Elle n’a aucune envie d’y aller, mais elle n’a pas le choix. Elle va bientôt avoir dix ans dans presque deux mois. Ce jour-là, son père vient les chercher à la sortie de l’école primaire, elle et sa sœur de trois ans sa cadette. Il a rasé sa barbe brune et a décidé d’arrêter net de fumer ses gauloises sans filtre, celles avec le paquet bleu. Oui, il vient d’avoir un fils, le fils tant attendu pour un père, son frère pour elle. Le trajet en voiture de l’école jusqu’à la maternité de Nancy est silencieux, pas un mot entre elle son père durant les quarante minutes de trajet. Pas de questions particulières, pas de remarques. Rien. Lui, languit de retrouver sa femme et de découvrir son fils. Sa sœur, très maternelle et curieuse, se réjouit d’avoir un petit frère, mais elle, la grande sœur, rien, toujours rien. Sur la porte de la maternité, on peut lire les prénoms des bébés nés ce jour. Elle cherche le prénom du bébé de sa maman et finit , parmi les Sue-...

Donner la parole à un lieu, une ville, un village etc ( Séance du 28 mars)

 Texte de Valérie   Que venez-vous faire en ce lieu, en mon lieu ? Est-ce par ce que mon nom est bizarre, intriguant, interpelle ou est-ce par ce que simplement, on s’y sent bien ? Que ce soient les vacanciers actuels, les promeneurs du GR53, ou les enfants qui y séjournaient au siècle dernier, dans les années 50-60 à l'heure des colonies de vacances, tous aiment mon lieu, ce lieu. Je suis un peu tout cela à la fois, au fond de ma Bretagne, face à la mer. L’endroit en question commence par de l’herbe, puis de gros galets blancs arrondis et érodés par la mer, puis vient le sable à la surface duquel on peut trouver, accidentellement, des coquilles St Jacques bombées (c’est-à-dire avec leur ventre tournés vers le soleil), si on cherche bien à marée-haute. Puis apparaît la mer au dernier plan, celle qui claque sur les rochers, où se cachent, verticalement cette-fois, les deuxièmes parties des coquilles St Jacques, la partie plate, beaucoup plus simple à percevoir que so...

Hors Champ de Marie Hélène Lafon

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  Claire et Gilles naissent à la ferme, dans le Cantal. Elle devient écrivaine et enseignante à Paris. Lui reste pour s’occuper des vaches. Marie-Hélène Lafon raconte avec sensibilité et discrétion cinquante ans d’incommunicabilité entre le frère et la sœur, sous la malédiction d’une éternité entropique où l’horizon semble toujours muré L’autrice a elle-même grandi dans une exploitation agricole cantalienne. Puis elle est devenue professeure et écrivaine à Paris, ce qui fait d’elle ce qu’on appelle aujourd’hui une « transfuge de classe ». Hors champ ressemble donc à ses précédents romans sans y ressembler du tout : en creusant obstinément un sillon, on découvre toujours de nouvelles strates. Ici, il y a Claire et Gilles, sœur et frère que seuls onze mois séparent. Ils sont enfants de fermiers. Claire est l’aînée. Elle a le physique (cheveux bouclés) et le métier (écrivaine, docteure) de Marie-Hélène Lafon. Elle sera donc littéralement hors des champs et du cha...

Sur le roman L'Enfant du vent des Feroé

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 Articles trouvés sur ce premier roman d'un professeur de lettres de Strasbourg. Interview de l'écrivain   L’Enfant du vent des Féroé : un roman où la nature parle plus fort que les hommes Dès les premières pages, L’Enfant du vent des Féroé impose un territoire, une voix, une respiration. Le roman ne commence pas par une action, mais par un lieu qui parle. « Et puis il y a moi, Gjógv. Un village de carte postale au toponyme imprononçable. » Le décor devient narrateur, conscience diffuse, mémoire minérale. Le lecteur comprend vite qu’ici, l’histoire humaine sera indissociable des éléments. L’Enfant du vent des Féroé : un roman où la nature parle plus fort que les hommes Dès les premières pages, L’Enfant du vent des Féroé impose un territoire, une voix, une respiration. Le roman ne commence pas par une action, mais par un lieu qui parle. « Et puis il y a moi, Gjógv. Un village de carte postale au toponyme imprononçable. » Le décor devient narrateur, conscience diff...