Propositions de Sébastien pour l'atelier du 25 avril
Les textes ont été écrits en rapport les uns avec les autres
Dialogue
Laisse-moi t’offrir les vibrations d’une voix au-delà de celle de mes mots. Pourquoi ne pas consentir un peu à la réciprocité ? Regarde-moi, parle-moi… Quel entêtement… ! (Le second personnage transmet un bout de papier au 1er, sans le regarder)
Très bien, je lis tes mots sur le papier, une dernière fois…
- (Le premier personnage lit le mot écrit par le premier) « Les reflets et reflux de mon corps dans mes mots tordent trop mes pensées. Mes yeux figés et fixés sur le papier isolent mon âme dans une justesse adorée, ignorée de ma langue qui trop déraille. J’aime t’écrire mais je ne peux de ma bouche si bien te le dire. Ne sois pas égoïste, mon être ne saurait mieux t’offrir ».
- Serais-je égoïste t’attendre de ton corps qu’il me regarde ? Ne sens-tu pas la vie qui déborde du souffle de ma voix ? N’aimes-tu pas un peu sentir cela ? Pourquoi m’en prives-tu sans répits et soucis ?
- « Seule mon âme sait si bien te regarder et ma raison, articuler vers toi les mots que je t’écris ici. On aime tous et tant le soleil, il offre la vie, mais quels yeux ne souffrent pas de le regarder ?»
Définition
Qu’est-ce que le soleil ?
Le soleil, énigme dont on ne sait trop comment elle insuffle la vie.
Le soleil, prêt à la retirer aussi, souviens-toi du cancer de Mémé.
Le soleil, belle forme aux rayons et crayon jaune dessinée par les enfants apprentis rêveurs sur une fine feuille de papier.
Le soleil, feu qui réchauffe à l’excès nos étés, le seau d’eau émietté en sable éparpillé.
Spectacle
Ils étaient tous les douze assis attablés non sans frénésie.
Au centre, une table aux rondeurs garnies de mets ensorcelés par la maîtresse de ces lieux. Une tache de vin sur la blanche nappe fait à peine oublier la couleur de la viande, entre plats préparés et merveilles dégustées.
Autour, douze et doux rayons tentent d’éclairer l’ellipse d’une éclipse. Une femme aux cheveux fins châtains, douceurs au creux d’épaule, illumine un sourire déployé. Une autre caresse sans paresse le cristal à ses lèvres, reflets arc-en-ciel aux virgules d’une langue au récif articulé. Un homme à côté résigné aux codes de la virilité joue de sa voix grave et porte ses exploits en façade. Cela plaît au gars d’en-face qui ne sait plus s’il désire son succès ou davantage son corps si bien dessiné. Pépé voit la scène, oublie l’obscène, rêve d’un temps et lieu où un homme ne peut un autre désirer. Mémé n’y voit goutte, quand sert sa main sur celle de sa petite fille qui la regarde, sans savoir, pour l’une des dernières fois. La jolie petite fille aux cheveux blonds lui tend son dessin aux crayons, ciel et soleil, jaune et bleu. Elle oublie le nuage d’un cousin plus grand et ses jeux trop pressants. L’échappée soudaine du chat aux pattes noires marquant ses traces entre couverts et fourchettes recentrera le regard des trois derniers convives : trois paires d’yeux figées, perdues un moment dans les orbites du bondissant félin, les seules à mêmes d’interrompre les jeux et caresses sous nappes, pieds aux mollets, mains, frissons entre cuisses du trio jamais trop subversif.
Une tache au cœur du soleil permet-elle de, sans mal, un temps, un peu le regarder ?
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