Un spectacle

 Proposition de Mario

Un spectacle

On ne pouvait pas voir le souffle d’air qui traversait la ville, mais sans lui, la scène n’aurait pas été la même. Son rythme régulier caressait les peaux, soulevait les vêtements collés par la sueur. Il diffusait les odeurs et la musique.
Sur cette terrasse de Bonifacio, un faux pas aurait précipité les danseurs dans la mer, mais personne ne songeait à se tuer. On se tenait les uns aux autres, tandis que le groupe enchaînait des musiques entraînantes. La fête de la musique battait son plein, partout en ville, on entendait des sons, mais ici, maintenant, il n’y avait que ce trio qui répondait au courant d’air par ses pulsations régulières, qui entraînait les pieds et les hanches.
Les projecteurs éclairaient les falaises blanches. En bas, un bateau proposait une fête alternative de riches ou de m’as-tu-vu. Mais je n’avais d’yeux que pour elle. Elle qui m’avait rendu la journée difficile, à s’échapper, à bouder, à minauder. Elle qui portait cette chemise nouée sur le ventre, sur ce corsaire un peu trop serré. Elle qui regardait le chanteur, le trouvant peut-être bon. L’ondulation de son bassin manquait parfois le rythme.
Adossé à la muraille, je la regardai essayer de garder mon attention, tout en regardant elle-même un chanteur qui n’en demandait pas moins. Parfois, mon pied battait la mesure et je l'immobilisais d’un regard méchant. La foule était un ruban liquide qui s’écoulait par les deux ouvertures de la place. Des vacanciers oubliaient leurs salades sur les quelques tables qui occupaient les espaces qui avaient échappé aux danseurs. Mais ils n’étaient pas nombreux à oublier la chorégraphie de leurs gosiers au corps à corps avec leurs bières désaltérantes.
La musique n’était qu’un son. Un bruit de fond. C’est le courant d’air qui m’a marqué. La ville n’avait pas encore offert pour moi tout son catalogue, je m’agaçais de perdre du temps, là, à écouter une reprise massacrée que j’aurai pu entendre ailleurs.
Je m’approche, j’effleure son dos. Sans qu’elle ne se retourne, je demande "on bouge ?". Ses cheveux s’agitent, le sourire se veut excuse. Elle accentue son pas de danse. C’est non.
Je la dépasse, je dépasse le groupe, je me fonds dans le liquide de la foule, deviens elle. Je m’entraîne dans les ruelles voisines, guidé par d’autres bruits, d’autres brises. Nous ne nous reverrons plus cette nuit-là. Quelque part, toujours, le spectacle continue. Je n’y suis plus.
Proposition de Valérie

Novembre 2024. Grande salle du cinéma CGR de Colmar. Samedi 14h00.

Mon amie Jo et moi avions lu l’annonce dans le journal. Pas besoin de réserver. Entrer, s’asseoir, écouter, observer, et éventuellement participer.

Dès la présentation, l’introduction et la 1ère démonstration, nous étions déjà dans l’action, bien que toujours scotchées à notre fauteuil au 5ème ou 6ème rang.

Le temps avançait, le show avançait et nous aussi. Nous nous étions avancées pour être plus proches de la scène, de l’écran. Nous étions arrivées discrètement, mais sûrement et sans hésitation au 1er rang, prêtes à bondir sur les micros comme des mouches sur du miel, tant l’envie était présente.

L’envie de quoi au juste ? Celle d’avoir cet immense privilège et possibilité de faire du doublage. Oui, du doublage de films.

1er essai : ils étaient 4 devant sur la scène.

2ème essai : ils étaient 4 devant sur la scène.

3ème essai : ils étaient 4 devant sur la scène.

4ème essai : ils étaient 4 devant sur la scène.

5ème et dernier essai : ils étaient 4 devant sur la scène. Et pami ces 4 personnes, c’était NOUS. YES . ON s’était imposées, comme des gosses de 4 ans qui veulent à tout prix leur Kinder surprise pour le goûter. On s’était levées dès la fin du 4ème essais, on s’était glissées sur le côté avant tout le monde, plantées immédiatement devant le micro, agrippant le pied de celui-ci avec l’impossibilité totale de nous le retirer tant nous le serrions fort.

Nous étions là, sur la scène, comme des stars, face aux projecteurs, et attendions impatiemment le défilé des images du dessin-animés pour y déposer nos voix pendant que l’ingénieur du son les enregistraient. C’était magique, irréaliste, amusant et prenant. Je dirais même fatiguant tant il fallait se concentrer pour coller au personnage à 100%. 

Proposition de Joëlle

Il y a une semaine j’admirais encore mes magnifiques poissons exotiques évoluer dans une eau limpide. Quel bonheur, j’avais changé une partie de l’eau et les filtres dans mon aquarium.

Mon Ancistrus, nettoyeur de fond, avait bien travaillé. Il pouvait me regarder avec ses grands yeux globuleux et son grand corps orange surmonté d’une brosse. Les poissons siamois avaient aussi bien nettoyé les algues pinceaux sur les hautes herbes.

Or, catastrophe, au bout de deux jours, c’est l’horreur, l’invasion d’une multitude de petits coquillages en pointe accrochés aux plantes, des parasites. Pas du tout un heureux événement, des bébés coquillages comme le pensait mon fils il y a quelques années alors qu’il s’occupait de ma population aquatique pendant mon absence.

Non, ce sont des pollueurs de première, heureusement pas dangereux pour la vie des poissons.

Alors ce spectacle affligeant, il fallait l’éliminer, régime sec pour tout le monde. L’abstinence, il fallait la poursuivre, le deuxième jour, rien n’avait changé. Et tout ce petit monde qui se presse pour le nourrissage….Le troisième jour ça n’a pas changé mais j’ai plongé ma main pour ratisser le sol et retirer les gros parasites. J’ai secoué les plantes. Et j’ai tout de même procédé au nourrissage, tout le monde était content …Il n’y avait plus qu’à souhaiter que la vie reprenne sereine et saine.

Hélas, j’ai finalement dû sans tarder rechanger une partie de l’eau et changer les filtres. Des spectacles comme ça, je m’en passerai….

 Proposition de Mary

Nous sommes installés dans un beau théâtre avec un décor à l’italienne. C’est au mois de décembre 2022 à Colmar. Dehors Il fait froid, il y a du verglas.

Sur scène deux acteurs

Un maigre décharné

Un deuxième bien en chair

Le moyen de communication :

Des morceaux carton sur lesquels sont écrits un ou deux mots ou des éléments découpés, par exemple un poisson

Des boites en carton rudimentaires qui tantôt jouent les rôles d’un bateau, d’un guichet ou d’un autre lieu.

Les acteurs ne parlent pratiquement pas

Leurs mimiques ou leurs grognements, aidés par les cartons, suffisent pour faire passer le message.

Les spectateurs riaient et s’émerveillaient de la capacité des acteurs à mémoriser quel carton il fallait employer pour exprimer telle notion car les cartons étaient déployés avec une telle vitesse à donner le tournis et avaient leur rôle à jouer autant que les acteurs.

Ce sont eux qui transmettaient le message à la place des paroles et ils suivaient avec la vitesse de la parole.

J’étais étonnée et admirative devant l’originalité de cette création.

J’ai passé un bon moment et j’ai bien ri.

En 2025 j’ai eu l’occasion de revoir cette pièce à la télévision mais l’effet n’était pas le même. Il manquait la magie de la scène du spectacle vivant.

Le titre du spectacle :

« Les gros patinent bien « de et avec

Pierre Guillois et Olivier Martin Salvan

 Proposition de Francine

J’ouvre l’œil et la voilà à l’ouvrage. Je la fixe mais cela ne la perturbe absolument pas, elle travaille dur. Le résultat est totalement chaotique, on pourrait s’attendre à mieux, on aurait même tendance à conserver ce tissage s’il était harmonieux, mais là franchement c’est illogique, brouillon, cacophonique même. Elle travaille de 6 à 7 heures, après je ne sais pas, je ne suis plus là. Le soir le chaos a progressé et je ne l’a vois pas. Ce soir par exemple elle avait intégré le rideau et la sculpture du rebord de fenêtre, demain ce sera peut être le lit. Elle le vise, je l’ai bien senti ce matin en la voyant s’approcher et se frotter de contentement ses longues pattes avant. Lorsque nous y serons nous pourrons enfin sonder le mystère de ce processus créatif atypique.

 

 

 

 

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