Hors Champ de Marie Hélène Lafon

 


Claire et Gilles naissent à la ferme, dans le Cantal. Elle devient écrivaine et enseignante à Paris. Lui reste pour s’occuper des vaches. Marie-Hélène Lafon raconte avec sensibilité et discrétion cinquante ans d’incommunicabilité entre le frère et la sœur, sous la malédiction d’une éternité entropique où l’horizon semble toujours muré

L’autrice a elle-même grandi dans une exploitation agricole cantalienne. Puis elle est devenue professeure et écrivaine à Paris, ce qui fait d’elle ce qu’on appelle aujourd’hui une « transfuge de classe ».

Hors champ ressemble donc à ses précédents romans sans y ressembler du tout : en creusant obstinément un sillon, on découvre toujours de nouvelles strates. Ici, il y a Claire et Gilles, sœur et frère que seuls onze mois séparent. Ils sont enfants de fermiers. Claire est l’aînée. Elle a le physique (cheveux bouclés) et le métier (écrivaine, docteure) de Marie-Hélène Lafon. Elle sera donc littéralement hors des champs et du champ, tandis que son frère y restera.

Leurs prénoms étaient déjà ceux de personnages des Sources (2023). L’an dernier, Lafon avait confié à AOC un extrait de la fin de Hors champ et deux autres séquences avaient paru aux Éditions du Chemin de fer dans Vie de Gilles, illustré par des peintures de Denis Laget. Avec cette précision importante : ces deux extraits rassemblés étaient « autant de variations sur ce qu’aurait été l’existence de Gilles si la mère n’avait pas quitté le père violent. »

Peut-être Hors champ est-il cette fois surtout un texte sur le temps, ou l’éternité. Un présent étale qui se modifie insensiblement, un lent glissement où les couches chronologiques musiquent en contrepoint, revenant, s’inversant, se tissant de telle façon que, malgré les cinquante années traversées, tout semble toujours au point mort, mais vu sous différents angles. En dix « tableaux » pour être précis.

Entretien et lectures à la Maison de la poésie (Paris) 

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