Textes inspirés par des scènes se déroulant sur ou près d'un fleuve
Proposition de Christine
La péniche avance. Chargée à ras bord. Elle semble se mouvoir à grand peine. Lentement elle avance.
Les berges la regardent passer. Elles en ont vu d’autres !
Ce n’est qu’une péniche après tout. Qui s’en va vers la mer. Là-haut. Tout au nord. Elle vient de loin et son rythme obstiné coupe toute frénésie, tout élan. C’est un gros animal sage qu’une force tranquille fait glisser. Elle ne rencontre aucun obstacle. Malgré son aspect lourd, l’avancée est fluide et sans heurt. Rien ne pourrait l’arrêter.
A l’arrière, près de la cabine, des signes de vie. Deux vélos, du linge qui sèche au vent, des pots de géranium. Mais aucun humain n’est visible. Tout se passe à l’intérieur. Une vie sur l’eau à l’abri des regards. Sans attaches. Les enfants, s’il y en a, vivent ailleurs, entre les murs d’un internat. Leurs parents naviguent, charrient du charbon, du métal, du sable ou d’autres produits acheminés selon des besoins pour lesquels ils ne se posent pas de questions. Ils ne décident pas. Ils déplacent du matériel. Du sud vers le nord. Du nord vers le sud. Un ballet incessant.
Le fleuve imprime sa marque. Il décide des amitiés possibles ou impossibles, des attaches souples, des distances, des manques.
C’est une vie solitaire. On voit du pays mais c’est souvent le même. Immuable. Du nord vers le sud. Du sud vers le nord.
Parfois une escale. Pour se ressourcer, poser le pied sur la terre ferme.
C’est court car le fleuve reprend vite ses droits. Il y a des impératifs.
Marinier. Marin d’eau douce. Une vie pas si douce mais une vie libre.
Un drapeau fiché à la poupe fait danser les couleurs d’un pays. Le pays d’où l’on vient, le pays où l’on va. C’est une fierté.
Toutes sortes de nationalités se croisent sur le fleuve. Fleuve frontière, résolument européen. Il descend des montagnes, s’est élargi, a pris des forces. Il traverse des villes, des vignobles, des villages, des champs, des zones industrielles. Le fleuve pourrait raconter tant d’histoires. Il se contente sur son dos liquide, de porter la péniche à bon port.
Depuis la berge, son vélo jeté à terre, la petite la regarde passer. Ses yeux d’enfant se projettent dans la cabine, imaginent un cocon douillet. Un abri où personne ne viendra la déranger. Parfois le marinier, en passant, fait un geste de la main. Elle le voit comme une invitation au voyage. Ici tout est morne et gris mais là où va cette péniche tout doit être beau et coloré. Elle sait que tout au bout du voyage il y a la mer. Elle n'a jamais vu la mer. Des mouettes viennent jusqu’ici. Insolentes et libres. Elles tournoient. Vont et viennent indifférentes. Et la vie sur le fleuve fait flotter un intense parfum de liberté.
Déjà la péniche est passée. La petite reprend son vélo. Il faut rentrer, faire les devoirs. Demain elle reviendra et reprendra le cours de ses rêves.
Et le fleuve s’en va vers la mer…
Sébastien
C’est le grand jour, celui du départ vers le Nouveau Monde, au-delà de l’océan d’un fleuve à dépasser. A son réveil, Giovanni pense aux bouchons qu’il s’amusait enfant à faire flotter dans l’eau de la fontaine, sur la place où habitait la Nonna. Sa valise définitivement bouclée, il s’avance vers le quai, se concentre pour dissimuler les tremblements de son être mal assuré : d’abord, accoster sur le paquebot, véhicule de la traversée, sans que son nouveau patron ne décèle ses fragilités. Ne pas lui montrer ses doutes, peut-être voiler sa féminité. Il entend ses propres pas résonner sur la ferraille du pont. Il rajoute de la lourdeur pour devenir ce qu’il n’est pas encore, un marin à la volonté de puissance qui ne tremble pas devant le danger : « Bonjour, Boss. Suis prêt à laver et à compter ! »
Valérie
Il est 3 heures, 3 heures du matin. Il fait chaud, avec un léger petit vent.
Nous sommes 10 passagers sur ce yacht de luxe qui navigue tranquillement sur le Nil, et ce, sans compter l’équipage qui est aux petits soins pour nous. C’est tout à fait normal, vu le prix de la croisière. Mais, ce n’est rien ou presque rien pour nous qui ne savons quoi faire de notre argent tant il y en a.
Nous sommes tous élégamment habillés. Nous sommes riches, très riches, et buvons tous un dernier verre au bar, après un somptueux dîner qui a commencé assez tard et qui s’est éternisé.
Chacun de nous a bu, beaucoup bu, trop bu. Trop de Champagne… Puisque, de l’apéritif à la fin du repas et encore à cette heure tardive de la nuit, il n’y a que du Champagne, et pas n’importe lequel : cuvée spéciale de la Veuve Cliquot. Vous savez, celui avec un goût très singulier qui le distingue de tous ; on aime ou pas. En tout cas, chacun ici l’apprécie beaucoup.
Nous avions ainsi appris à nous connaître, à énumérer nos nombreux voyages dans les 4 coins du monde, à nous raconter quelques anecdotes, quelques souvenirs croustillants jusqu’à ce qu’un de nous pose la question qu'il ne fallait pas poser . « Au fait, qu’est-ce que vous faites dans la vie ? »
Ma petite copine et moi étions mannequins, nouvellement connus, mais assez pour pouvoir nous offrir cette croisière luxueuse sur le Nil. L’un des hommes du couple d’homosexuels pris la parole et dit « Nous sommes tous les deux dans l’IA et la cybersécurité, et nous avons fait fortune avec des idées avant-gardistes ».
Six personnes devaient encore se présenter.. « Nous, … dit James…en parlant de sa femme Ava et de lui, avons investi dans la location de bijoux de grands joailliers, et cela fonctionne plutôt très bien.»
« Moi, dit Katrin … avec mon mari Tim, nous sommes dans l’immobilier depuis une éternité du côté de Palm Spring, bref le quartier des villas exceptionnelles, tant sur de la location pour les films et les séries TV que sur de la vente . »
« Et vous deux » demandais-je à Karl et sa femme Emmy, les deux derniers du groupe.
« Nous... dit Karl … malgré notre âge avancé, nous travaillons toujours et ce n’est pas près de s’arrêter ! Croyez-nous. Notre entreprise est tellement rentable que c’est devenu un jeu. » « Ah, oui, alors qu’est ce que vous vendez donc ? Quel produit ? Quel service ? »
« On fait dans les mines interpersonnelles ».
Il y eut comme un vide dans la pièce, et chacun alla se coucher.
Joëlle
SCENE DE ROMAN AUTOUR D’UN FLEUVE
« Il faut écoper, et vite »
« Pourquoi avoir embarqué cette nuit sur ce fleuve lunatique ? »
Ils étaient deux, père et fils, qui avaient décidé de pêcher de nuit sur ce fleuve long et tranquille quand ils étaient partis, la Garonne, devenue une vraie furie au fil des heures. Ils étaient sur les vagues du retour, quelques poissons dans leur panier.
Heureusement c’était la pleine lune et la belle lueur chaude adoucissait la fraîcheur du remous.
La berge n’était plus loin.
Ils étaient trempés mais ils faisaient corps avec le fleuve.
Ils arrivaient à maîtriser leur embarcation.
Déjà la force du vent faiblissait, les vagues étaient moins fortes, le fleuve se calmait, devenait leur ami.
Francine
Nous sommes arrivés à l’embarcadère, enfin ! le brouillard est dense et nous apercevons à peine un morceau de fleuve qui s’écoule avec puissance et sans tenir compte du tout des évènements de la veille. Le bateau électrique, surgit en silence, et nous voilà soulagés. Il y a peu de places dont trois sont occupées, nous sommes quatre, avec bagages, eux aussi, on s’entasse. Encore une traversée, un couple nous rejoint. « Schnell, schnell » hurle le conducteur, il a accosté trois fois.
Voilà le pylône central , nous n’étions pas loin… la porte est ouverte, on nous accueille, ouf ! Tous les niveaux souterrains et ceux d’amarrage des câbles qui soutiennent la passerelle, ont été aménagés depuis des années… exactement depuis mars 2020 lorsque les frontières se sont fermées ici, au moment de l’une des épidémies du début du 21e siècle. Le pylône se trouve à l’exact point de contact de trois pays, qui eux existent toujours, France, Allemagne et Suisse. Pays qui se querellent toujours… et c’est à nouveau le cas. Pour nous déloger de là il faut d’abord s’entendre…. Triangle des Bermudes rhénan… Merci aux géographes d’avoir placé une frontière en un seul point sur un fleuve, merci aux architectes d’y avoir posé un pylône creux, merci aux politiques pour leur vision d’un pont reliant deux pays.
Commentaires
Enregistrer un commentaire