Vos fragments du discours amoureux

 Textes de Joëlle

Avec les mots : fougue, liberté, saveur

1. Fougue

J’attends. Avec toute ma fougue, j’arrive à peine à tenir en place.

Je suis tellement heureuse de ce Rendez-vous.

10 minutes de retard, ça commence à bien faire.

30 minutes …est-ce qu’il m’a posé un lapin ? Est-ce bien la peine d’attendre ?

1 heure …. Et s’il avait eu un accident ? Maintenant j’ai peur qu’il ne lui soit arrivé quelque chose.

1 heure 30 …Ma fougue a complètement disparu. Je suis vidée,

L’attente s’est transformée en angoisse.

Ma batterie est à plat. Je suis seule sur ce banc….

2. Liberté

Attendre …Je suis libre.

J’aime la ponctualité, donc je ne suis pas obligée de l’attendre. S’il pense qu’il faut qu’il se fasse attendre pour que je l’aime, il se trompe largement.

J’aime la liberté, et s’il me respecte, c’est comme ça que je vais l’aimer.

3. Saveur

L’attente de son amoureux, ça a toute sa saveur.

Je vais au rendez-vous deux heures avant. Je regarde autour de moi les gens qui se dépêchent pour aller à leur travail, à leur rendez-vous, les enfants qui jouent, les voitures qui passent, qui foncent, les automobilistes qui klaxonnent.

Je sens les parfums des fleurs, l’arôme du café, l’odeur du pain frais. Je me sens d’humeur très joyeuse. Les oiseaux chantent, c’est le printemps.

J’ai amené de la lecture, mais je rêve, mes pensées vont vers l’être aimé qui sera bientôt là.

Ces deux heures, ces minutes, ces secondes, tous ces instants, ont une saveur délicieuse. Mon cœur commence à battre la chamade, le bonheur de l’attente. 

Texte de Christine

L'attente

Pourquoi toutes les salles d’attente sont-elles moches et déprimantes ? Les magazines imprégnés de crasse, la couleur des murs : jaune pisseux ou gris cafard, le mobilier tellement inconfortable, les plantes à demi crevées dont personne ne se soucie.

Elle est à l’hôpital. Service oncologie. Les murs verdâtres reflètent la peur. Des petites affiches qui se veulent bienveillantes avec un numéro vert et des couleurs vives. Elles nouent encore un peu plus le ventre et personne n’a vraiment envie de les lire.

Elle est assise sur une chaise en plastique. Elle attend un résultat, un diagnostic, une sentence, un verdict, une échappatoire qui fera de sa vie un enfer ou un pas vers l’espoir.

Elle a les mains moites et le cœur au bord des lèvres. Elle regarde ses pieds. Elle pense à ce qu’elle dira à son mari, à ses enfants, à ses amis. Elle est seule dans cette salle d’attente.

Toutes les chaises sont occupées mais elle est sur une île déserte à scruter l’horizon dans l’attente du bateau qui viendra la sauver.

Il a déjà rongé trois ongles de sa main gauche. Au sang. Il attaque l’index de la droite. Compulse frénétiquement son téléphone. Vérifie l’heure. Tapote sur l’écran. S’assure qu’il est bien en mode sonnerie. Avec vibreur.

Il est assis sur le muret devant la gare. Des gens passent dans un vacarme de valises à roulettes, de voitures qui freinent, de portières qui claquent, d’effusions bruyantes, de trains qui arrivent, partent.

Elle avait dit 15h12. Il est 15h15. Le train est entré en gare. Il se lève. Repousse sa mèche, scrute la sortie, le flot de voyageurs. Il attaque l’ongle du pouce. Regarde l’écran de son téléphone, guette une queue de cheval blonde. Et si elle avait coupé ses cheveux ! Elle est petite. Il l’a peut-être ratée dans la nuée de visages, de corps, de sacs, de valises qui déboule de la gare. Il tourne lentement sur lui-même.

15h20. Rien. L’ongle du pouce saigne. Coup d’œil sur l’écran puis sur la sortie où le flot a ralenti. Une dernière portière claque. Le train est reparti. Il est en morceaux.

Proposition de Sébastien

abécédaire de l'amour

Arrivée (de)

Baisers

Caresses

Désirs

Émeutes

Finesses

Grivoises

Humeur

Imaginaire

Judicieuse

Kamasutra (d’un)

Loisir (aux)

Mains

Niaises (d’un)

Oasis (sans)

Parcimonie (ou)

Quantité

Rare

Saupoudrer (de la)

Trivialité (sans)

Usurper (les)

Vacances (d’un)

Wagon-lit

Xanax (d’un)

« Ze t’aime » entendu

 

Attente

La hâte tendue vers ce point inespéré mais effacé, il n’osa plus y penser, « Maude », quand il s’acharnait à étudier : au collège, au lycée, seulement les papiers, stylos et leçons, pour se remplir la tête et l’oublier. Il préféra panser son enfance sans elle, en la troquant par une adolescence sans aile.

L’Université, s’y enfermer : ce fut Médecine, la tante Isabelle lui suggéra. Il aima follement bachoter le squelette, découper l’écorce des corps, encore et encore, pour un jour les soigner. A peine, un rêve lui rappela une mèche douce jadis caressée : « Mot de l’esprit, Maude est partie ».

Une fois diplômé, le docteur répara les corps polytraumatisés dans un hôpital que le sort l’amena à diriger : par son art quotidien, vider des salles d’attente pleines à craquer sans jamais sourciller. Jusqu’au jour où une femme « patiente » morcelée de 40 ans par ces mots le frappa : « Je m’appelle Maude, je t’attendais ». Ces yeux bleus perçants perçus firent exploser dans son âme la vérité trop longtemps soupesée : une attente dévoilée d’un retour de sa bien-aimée, aujourd’hui enfin récompensée.

Ils reprirent à nouveau ensemble leurs jeux d’enfants, en un peu plus grands évidemment et dans le décor des corps enfin vivants.

Proposition d'Alexandra 

 

L'attente du Prince Charmant en 5 temps 

 
un 
dans les contes de fées les petites filles 
sont conditionnées dans ce schéma 
attendre un jour viendra 
le Prince Charmant sur son blanc destrier 

 
deux 
sur les bancs de l'école 
lors des surprises-party 
surprise 
quelle sera celle que l'on invitera 
à sortir pour une danse un slow un verre de soif 

 
trois 
derrière son écran d'ordinateur de smartphone 
attendre la prise de contact 
salut ça va tu fais quoi 
attendre le prochain message 
attendre la proposition 
attendre pour faire toute suggestion 

 
quatre 
debout devant le bar sous la pluie 
attendre parce qu'on n'ose pas rentrer 
attendre pour ne pas être seule 
attendre le cœur tremblant les pieds trempés 

 
cinq 
dans la chambre sous la couette 
à la clarté bleue parmi les monstres et les ombres chinoises  
me voilà dans de beaux draps 
va-t-il me recontacter 
et si j'ose l'air de rien 
cesser d’attendre et prendre mon destin par la main 
me lever de cette salle d'attente 
laisser là les Princesses dans leurs carcans engoncées 

 
six 

 

Proposition de Mario

 

Abécédaire de l'amour

Absolu

Biais

Coeur

Différence

Entame

Finale

Guerre

Honte

Insistance

Jeu

Kilos

Litanie

Moi

Nous

Ordinaire

Papouillage

Questionnement

Rire

Sexe

Traversée

Universalité

Voeux


Fragments - Attente
Suspension et dilatation du temps.
1. Une bassine vide, on la porte sans peine. Une goutte y tombe, on supporte. Chaque goutte supplémentaire pose la question. Est-ce facile ? Est-ce assez ? Est-ce trop. La goutte en trop existe-t-elle ? Est-ce toujours la même ? Le dos qui porte la bassine est-il toujours le même ? Peut-on dessiner un graphique de l’attente ? Du point de rupture ? Avec quels paramètres ?
2. L’attente creuse un sillon. Pendant que j’attends, j’habite le lieu où je suis, j’écoute les sons qui m’entourent. Quand l’attente se prolonge, j’y intègre ce que je vois. La répétition renforce. Bientôt, l’amour que j’attends se mêle avec une horloge jaune, avec le grincement des roues du métro, avec la publicité pour un supermarché que j’entends dans les haut-parleurs. Ou alors l’amour se teinte de la bouffée de grisaille échappée des voitures qui passent. Et un jour, on dira de l’amour qu’il fait mal aux pieds. Survivra-t-il à ce souvenir ?
3. L’attente se mesure en respirations. Peut-être même le souffle est-il sa limite. Comment, sinon, comprendre ces inspirations subites, cette volonté de contrôler le temps de son inspiration, ou au contraire, ce soufflement de nez qui exprime l’assez ? L’amour peut-il survivre à l’apnée ?
4. A ceux qui affirment que l’amour est désincarné, j’oppose la douleur lombaire ou fessière d’un banc public. J’oppose le froid ou la chaleur, le changement constant de position, la soudaine certitude que son propre corps est l’ennemi de cet idéal que l’on poursuit. Je voudrais être là, intact, détendu, prêt. Mais finalement, je suis rompu de douleurs, la nuque roide, les épaules tendues. Ô amour rosse qui me tabasse et me vieillit, alors que je le voudrais aérien, léger et immortel.
5. Celle qui viendra sera-t-elle qui j’espère ? Entre le début de mon attente et sa fin, tout peut changer. Je l’attends, son visage souriant, insouciant, ouvert. Elle sera peut-être ombrageuse, perdue dans ses soucis. L’amour serait accueillir qui vient, mais qu’est-ce qui alors distingue celle-ci précisément d’une autre, si ce n’est la projection que je fais de son être sur une toile faite d’infini ? Peut-être qu'au-delà d’elle-même, c’est une autre que j’attends et que j’attendrai toujours. Quelqu’un dont sera une partie - ou ne sera pas - celle qui finira par arriver. L’attente devient alors suspendue, fataliste. Supprime tes attentes et tu seras heureux. Si j’attends, sans attendre quelque chose, ce qui vient sera l’Amour.
6. Je vais m’installer là, sur ce tabouret, dans ce coin, dans l’entrée, à côté de la prise électrique de l’aspirateur. Sur le banc à l’extérieur, où je ne dérange pas en hiver. Je me ferais petit, je disparaîtrais. Comme si je n’existais pas vraiment, juste avant d’espérer exister.
Je me ferais léger, inconsistant, tout en sachant que je dois me remplir, me renflouer, me remplumer, ouvrir le bec pour chanter le plus beau chant... ou me taire pour ne pas troubler ton sommeil. Je me poserai sur la plus haute poutre, j’essaierai de ne pas produire la moindre ombre.
J’attendrai que tu changes, que je change. J’attendrai que les étoiles soient propices, que les planètes soient alignées. J’attendrai sans bouger que ton non devienne un oui, et s’il ne le devient pas, j’attendrai de ne plus être. Ou que l’usure m’atteigne. Ou que l’usure t’atteigne.
Tu me trouveras là, sous la poussière. Jusqu’à ce que dans ton regard, l’attendrissement remplace l’agacement. Jusqu’à ce que par curiosité, tu abaisses tes murailles. Jusqu’à ce que d’un sourcil levé, tu me convoques à la vie. Alors je me lèverai, et, comme une évidence, je dirai «me voilà». Et quand l’attente sera passée, ma vie commencera.


 

 

 

 

 

 

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