Donner la parole à un lieu, une ville, un village etc ( Séance du 28 mars)

 Texte de Valérie

 

Que venez-vous faire en ce lieu, en mon lieu ?

Est-ce par ce que mon nom est bizarre, intriguant, interpelle ou est-ce par ce que simplement, on s’y sent bien ?

Que ce soient les vacanciers actuels, les promeneurs du GR53, ou les enfants qui y séjournaient au siècle dernier, dans les années 50-60 à l'heure des colonies de vacances, tous aiment mon lieu, ce lieu.

Je suis un peu tout cela à la fois, au fond de ma Bretagne, face à la mer. L’endroit en question commence par de l’herbe, puis de gros galets blancs arrondis et érodés par la mer, puis vient le sable à la surface duquel on peut trouver, accidentellement, des coquilles St Jacques bombées (c’est-à-dire avec leur ventre tournés vers le soleil), si on cherche bien à marée-haute. Puis apparaît la mer au dernier plan, celle qui claque sur les rochers, où se cachent, verticalement cette-fois, les deuxièmes parties des coquilles St Jacques, la partie plate, beaucoup plus simple à percevoir que son autre moitié.

Je vais vous confier pourquoi je m’appelle la fosse-Eyrand. Tout simplement parce qu’il y a bien  longtemps, j’étais un hôpital. Et, lorsque  mes patients bien malades, souffraient de  vilaine maladie incurable, on les jetait dans la fosse. Et pour que leur âme puisse errer au grand air, on a nommé cet énorme trou aux fantômes, la fosse Eyrand. Ce qui est singulier, c’est qu’il s’agit d’une vieille histoire, et pourtant, j’ai toujours conservé mon nom ou alors ce sont les habitants de ce lieu-dit qui souhaitent encore le mentionner pour ne pas l’oublier. 

Texte de Sébastien

Je suis aimée pour dissimuler mes paradoxes dans la subtilité.

Des images vives attirent par centaines de milliers des voyageurs d’ailleurs, vous autres, captivés par les clips : de l’été, mon vin, sa fête vous y goûtez, l’hiver mes marchés et chalets pour vous réchauffer entretassés, le Printemps désormais pour une plus grande continuité.

Vous êtes « mon ailleurs » ingéré, si bien cultivé que mon âme se déploie sans demi mesure, à faire péter mon corps et ma structure : saurais-je longtemps soutenir ce flux de vies et ses résonances intenses ?

Mais, sans vous, je meurs et stagne, trop seule dans l’entre-moi : je me querelle avec moi-même et mes voisins trop proches. Dois-je haïr l’Autre que tu n’incarnerais plus ?

Qui me sauvera, sinon Vous ?

A bien y réfléchir, je préfère les plaintes intestines de ceux qui m’habitent et vous regardent, vous voyageurs d’ailleurs : vous êtes mon remède à l’ennui, aux luttes voisines et à la haine qui sinon jaillit.

Colma

 

 

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