Séance du 14 février

1.Consigne: lire les poèmes qui suivent, conservez les mots en gras et inventez à votre tour à la manière des poètes.

L’escapade des saisons

Je t’aimais
Dans l’orage des sèves
Je t’aime
Sous l’ombrage des ans

Je t’aimais
Aux jardins de l’aube
Je t’aime
Au déclin des jours

Je t’aimais
Dans l’impatience solaire
Je t’aime
Dans la clémence du soir.(…)

Andrée CHEDID, poème inédit, 2000.

 

Nous deux nous tenant par la main

Nous nous croyons partout chez nous
Sous l’arbre doux sous le ciel noir
Sous tous les toits au coin du feu
Dans la rue vide en plein soleil
Dans les yeux vagues de la foule
Auprès des sages et des fous
Parmi les enfants et les grands
L’amour n’a rien de mystérieux
Nous sommes l’évidence même

Les amoureux se croient chez nous.

 

      Paul ÉLUARD

Notre amour reste là
Têtu comme
une bourrique
Vivant comme le désir
Cruel comme la mémoire
Bête comme les regrets
Tendre comme le souvenir
Froid comme le marbre
Beau comme le jour
Fragile comme un enfant
Il nous regarde en souriant
Et il nous parle sans rien dire
Et moi je l’écoute en tremblant

 

Jacques PRÉVERT

J'écris avec l'encre noire, les chagrins de tous les jours

et leur trame sans histoire, et leur éternel retour...
J'écris le deuil des saisons et le mal de la raison et le jour près de s'éteindre.

 

J'écris avec l'encre verte un jardin que je connais.

J'écris les feuilles et l'herbe que le printemps remuait...

J'écris la lumière douce des chemins de mon pays...


Avec l'encre violette, j'écris les soirs de bruyères
sur les terres désolées et j'écris les âmes fières de n'être pas consolées.

 

J'écris avec l'encre rouge tous les feux qui m'ont brûlée
et tous les rubis qui bougent dans le fond des cheminées,
et le soleil qui se couche sur les plus longues journées,
et toutes les roses qui sur la mer s'en sont allées...

 

Germaine BEAUMONT, Avec l'encre couleur du temps, 1954

 

2.- Consigne à partir du roman Le Rêve du Jaguar  de Miguel Bonnefoy édition de poche p.73- 74-75

Gens qui viennent raconter des histoires d’amour à Antonio : il collecte les histoires  des autres car il ne sait pas lui-même raconter une histoire d’amour alors que la jeune femme qu’il aime lui en réclame une pour accepter de l’épouser.

A votre tour, imaginez un personnage dans la file d'attente d'Antonio prêt à lui raconter la plus merveilleuse ou inattendue histoire d'amour qui soit. 

 

3. Consigne à partir du fragment L'Attente, extrait des Fragments du discours amoureux de Roland Barthes. 

ATTENTE . Tumulte d'angoisse suscité par l'attente de l'être aimé, au gré de menus retards (rendez-vous, téléphones, lettres, retours).

1. J'attends une arrivée, un retour, un signe promis. Ce peut être futile ou énormément pathétique : dans Erwartung (Attente), une femme attend son amant, la nuit, dans la forêt; moi, je n'attends qu'un coup de téléphone, mais c'est la même angoisse. Tout est solennel : je n'ai pas le sens des proportions.

2. Il y a une scénographie de l’attente: je l'organise, je la manipule, je découpe un morceau de temps où je vais mimer la perte de l'objet aimé et provoquer tous les effets d'un petit deuil. Cela se joue donc comme une pièce de théâtre.

Le décor représente l'intérieur d'un café; nous avons rendez-vous, j'attends. Dans le Prologue, seul acteur de la pièce (et pour cause), je constate, j’enregistre le retard de l'autre; ce retard n'e st encore qu'une entité mathématique, computable (je regarde ma montre plusieurs fois); le Prologue finit sur un coup de tête : je décide de « me faire de la bile), je déclenche l’angoisse d’attente. L'acte I commence alors; il est occupé par des supputations : s’il y avait un malentendu sur l’heure, sur le lieu? J'essaye de me remémorer le moment où le rendez-vous a été pris, les précisions qui ont été données.

Que faire (angoisse de conduite)? Changer de café? Téléphoner? Mais si l’autre arrive pendant ces absences? Ne me voyant pas, il risque de repartir, etc. L'acte II est celui de la colère; j'adresse des reproches violents à l'absent:« Tout de même, il (elle) aurait bien pu ... », « Il (elle) sait bien ... >> Ah! si elle (il) pouvait être là, pour que je puisse lui reprocher de n'être pas là! Dans l'acte III, j'atteins (j'obtiens?) l’angoisse toute pure : celle de l'abandon; je viens de passer en une seconde de l’absence à la mort; l'autre est comme mort : explosion de deuil : je suis intérieurement livide. Telle est la pièce; elle peut être écourtée par l'arrivée de l'autre ; s'il arrive en 1, l'accueil est calme ; s'il arrive en II , il y a« scène»; s' il arrive en III, c'est la reconnaissance, l'action de grâce: je respire largement, tel Pelléas sortant du souterrain et retrouvant la vie, l'odeur des roses.

(L'angoisse d'attente n'est pas continûment violente; elle a ses moments mornes; j'attends, et tout l'entour de mon attente est frappé d'irréalité : dans ce café, je regarde les autres qui entrent, papotent, plaisantent, lisent tranquillement: eux, ils n'attendent pas.)

3. L'attente est un enchantement : j’ai reçu l'ordre de ne pas bouger. L'attente d 'un téléphone se tisse ainsi d 'interdictions menues, à l'infini, jusque 'à l'inavouable: je m' empêche de sortir de la pièce, d'aller aux toilette s, de téléphoner même (pour  ne pas occuper l'appareil) ; je souffre de ce qu'on me téléphone (pour la même raison); je m'affole de penser qu'à telle heure proche il faudra que je sorte, risquant ainsi de manquer l 'appel bienfaisant, le retour de la Mère. Toutes ces divisions qui me sollicitent seraient des moments perdus pour l'attente, des impuretés d'angoisse. Car l’angoisse d’attente, dans sa pureté, veut que je sois assis dans un fauteuil à portée de téléphone, sans rien faire.

4. L'être que j'attends n'est pas réel. Tel le se in de la mère pour le nourrisson, «je le crée et je le recrée sans cesse à partir de ma capacité d’aimer, à partir du besoin que j’ai de lui >> : l'autre vient là où je l'attends, là où je l'ai déjà créé. Et, s’il ne vient pas, je l'hallucine : l'attente est un délire.

Encore le téléphone : à chaque sonnerie, je décroche en hâte, je crois que c'est l'être aimé qui m'appelle (puisqu'il doit m 'appeler); u n effort de plus, et je « reconnais >> sa voix, j’engage le dialogue, quitte à me retourner avec colère contre l'importun qui me réveille de mon délire. Au café, toute personne qui entre, sur la moindre vraisemblance de silhouette, est de la sorte, da ns un premier mouvement, reconnue.

Et, longtemps après que la relation amoureuse s'est apaisée, je garde l'habitude d'halluciner l'être que j’ai aimé: parfois, je m'angoisse encore d'un téléphone qui tarde, et, à chaque importun, je crois reconnaître la voix que j'aimais : je suis un mutilé qui continue d'avoir mal à sa jambe amputée.

5. « Suis-je amoureux? - Oui, puisque j'attends. >> L'autre, il n'attend jamais. Parfois, je veux jouer à celui qui n'attend pas; j'essaye de m'occuper ailleurs, d'arriver en retard; mais, à ce jeu, je perds toujours : quoi que je fasse, je me retrouve désœuvré, exact, voire en avance. L'identité fatale de l’amoureux n'est rien d'autre que : je suis celui qui attend.

(Dans le transfert, on attend toujours - chez le médecin, le professeur, l'analyste. Bien plus : si j'attends à un guichet de banque, au départ d'un avion, j’établis aussitôt un lien agressif avec l'employé, l'hôtesse, dont l'indifférence dévoile et irrite ma sujétion; en sorte qu’on peut dire que, partout où il y a attente, il y a transfert : je dépends d'une présence qui se partage et met du temps à se donner - comme s'il s'agissait de faire tomber mon désir, de lasser mon besoin. Faire attendre : prérogative constante de tout pouvoir, ce passe-temps millénaire de l 'humanité ».)

6. Un mandarin était amoureux d’une courtisane. << Je serai à vous, dit-elle, lorsque vous aurez passé cent nuits à m’attendre assis sur un tabouret, dans mon jardin, sous ma fenêtre. » Mais, à la quatre-vingt-dix-neuvième nuit, le mandarin se leva, prit son tabouret sous son bras et s'en alla.

 

Au préalable constitution d'un abécédaire des mots de l'amour: Faire chercher  26 mots 26 entrées du dictionnaire de l'amour. 

Ecrire soit un chapitre personnel sur l'entrée Attente, soit choisir un mot ou plusieurs mots de son propre abécédaire.mot que vous choisissez.

Présentation du projet de collecte de témoignage sur l'attente dans le projet de la compagnie de théâtre du Gourbi Bleu pour la performance qui aura lieu lors de la Fête D'ailleurs et d'Ici le premier mai au Champ de Mars à Colmar. 

 

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