Personnage qui émaille son discours de citations
Christine
Allongée sur le divan un mouchoir en boule dans ma main, je renifle, je soupire, je m’en veux, j’agite nerveusement mes jambes, j’essaie de fixer mon attention sur le mur en face de moi. Un silence s’installe. Je tourne la tête. Il a posé son carnet, croisé les mains sur ses genoux et me regarde sourcils froncés
Vous savez c’est Duras qui a raison :
il n’y a pas de vacances à l’amour. Ça n’existe pas. L’amour il faut le vivre complètement avec son ennui et tout, il n’y a pas de vacances possibles à ça.
Arrêtez de vous croire en vacances de l’amour ! Réagissez. Mettez-vous au boulot ! L’amour ça se mérite, ça demande des efforts. Vous pleurnichez sur mon divan mais ce n’est pas la fin du monde. Il est parti ! Et alors. Poursuivez-le. Attrapez-le par le col. Ne restez pas devant une porte fermée. Enfoncez-la ! Votre problème c’est que vous n’osez pas. Comme dit Mauvignier :
Si on a peur des autres, on est foutu. Allez vers les autres ce n’est pas renoncer à soi.
Je vous observe du fond de votre petit égo. Vous avez peur de perdre la face. Vous êtes dans l’attente insupportable qui vous fait souffrir et pourtant vous ne tentez rien. Vous espériez l’amour avec un grand A mais c’est Echenoz qui a raison quand il dit que
L’amour c’est comme la neige à Paris. C’est bien joli quand ça vous tombe dessus mais ça ne tient pas. Et ensuite c’est foutu. Soit que ça vire à la boue, soit que ça vire à la glace, très vite c’est plus d’ennuis que d’émois.
Alors je vous conseille de sortir de votre hiver et de faire un choix. Cela me fait penser à Bobin. Vous connaissez ?
Il est étonné de voir le peu de liberté que chacun s’autorise, cette manière de coller sa respiration à la vitre des conventions, et la buée que cela donne.
Désembuez vos yeux. Regardez le monde d’un œil neuf. Et comme dit Lagarce :
Gardez en réserve, toujours au milieu des défaites, la légère et nécessaire ironie de la victoire.
Car, oui, malgré les apparences, c’est vous qui gagnerez. Soyez une guerrière. Montez à l’assaut ! Vous allez vous lever de ce canapé et sortir affronter le monde. Je vous conseille de partir pour La Baule ou Saint Malo ou Honfleur car c’est Blandine Rinkel qui a raison :
Un bain de mer au mois de décembre peut dissoudre un chagrin. Essayez ! Vous m’en direz des nouvelles. Ensuite vous serez toute neuve et comme Carmen vous direz :
Si je t’aime prends garde à toi !
C’est soixante dix euros. A mardi prochain ?
Alexandra Merent
Je n'ai jamais écrit, croyant le
faire, je n'ai jamais aimé, croyant aimer, je n'ai jamais rien fait
qu'attendre devant la porte fermée." (Marguerite Duras)
Mais,
quelle porte!?
Porte battante, porte pivotante, porte coulissante,
porte en accordéon, porte de saloon.
D'entrée, de service,
pallière, coupe-feu.
Porte-fenêtre, porte-pleine, porte-monnaie,
porte-clés."
Ainsi parlaient Al et Sandro Jodorowsky,
gourous de la Montagne Sacrée.
Assis en tailleur, dos à dos
devant La Porte Fermée, lèvres closes, les mains jointes, ils
déversaient de concert les versets sataniques tout droit sortis de
leur imagination, mais pas seulement, également retrouvés dans les
profondeurs des souvenirs de leurs cours de philosophie :
"Lorsqu’une
porte se ferme, une autre s’ouvre ; mais nous regardons si
longtemps et avec tant de regret la porte fermée que nous ne voyons
pas celle qui s'est ouverte pour nous."
(Graham Bell)
Il
n'est donc pas forcément nécessaire d'enfoncer les portes."
Prenant
une profonde inspiration, Al dit :
"Certaines peuvent
claquer."
Poussant un soupir infini, Sandro répondit
:
"Certaines n'ont pas de clés."
Et, tel Janus,
gardien des passages et des portes, ils enchaînèrent :
"Il
y a des gens qui vous laissent un grand vide dès qu’ils ont passé
la porte... surtout quand ils viennent d'entrer." (Sacha
Guitry)
Puis, ils éclatèrent d'un rire sonore et plein
de la sagesse des dents qui leur avaient poussées.
"Mais
revenons à nos moutons et aux fondamentaux de notre discours
initial, émaillé de coups d'éclats et de candeur."
Sourire
double.
Al reprit :
"Je n'ai jamais écrit. Je n'ai jamais
rien fait. Je n'ai jamais aimé. Je n'ai jamais ouvert une porte. Et
pour cause..."
"Quelle qu'en soit la cause..."
poursuivit Sandro :
"Je ne peux pas dire mieux. Je croyais
l'avoir fait. Mais, ce ne fut pas le cas."
"En
conclusion..." commencèrent-ils en chœur :
"Aucune
voie n'est tracée et pour retrouver sa voix, en cas d'état grippal,
rien de moins pire que trois gouttes de jus de citron, une
demi-cuillère à café de miel et 5 centilitres de rhum."
Fermant
les yeux, et, après un temps :
"Ne rien faire est la
chose la plus difficile au monde, la plus difficile et la plus
intellectuelle." (Oscar Wilde)
"Dont acte."
Et
pour la seconde fois, tête contre tête qui s'entrechoquent, et
comme pris de convulsions, des larmes de joie glissèrent le long de
leurs joues, roulèrent sur et entre leurs doigts, tel un chapelet de
prières, avant d'atteindre, non sans peine, leurs pieds, creux pour
l'un, plat pour l'autre.
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