Observation d'un personnage malheureux/ Observation d'un personnage acteur de sa comédie sociale ( Laura Vasquez)

 Sébastien

1.Je la vois dès l’aube dans sa peine se lever, freinée et embarrassée, chercher en elle le premier mouvement, repousser le poids de ce duvet qui tantôt l’apaise, mais ce matin lui pèse. Elle sait s’appuyer sur mon regard d’aimant-amant, prendre appuis sur l’enveloppe de ma peau, doucement posée contre la sienne et trouver l’allant. Mon sourire dans le sien, ma voix la porte… à condition qu’elle soit sans mots. Dès lors que je lui parle, le malentendu s’éveille de tout son poids et, je le vois, plombe notre horizon. Comment lui faire oublier que toujours la parole ment ? 

 

2. J’ai encore mal dormi cette nuit. Pourquoi ces images dans ma tête reviennent et me hantent quand les lumières s’éteignent : un Autre violent et violant sans visage surgit, poursuit, trompe, il prend ce qu’il veut comme il veut, toujours à mes dépends : il ment. Des cauchemars qui m’assaillent ? Les prémices d’un avenir ? Repousser, cette couette qui ce matin pèse une tonne. Les yeux de l’homme éveillé à mes côtés m’éloignent un peu de ces pensées. Il me sourit, puis m’enlace dans un doux baiser, je sens sa peau réchauffer la mienne, mes frissons sont les siens, son souffle à mon oreille me ramène à la vie. Un instant, seulement, car il me dit : « Merci pour cette nuit. Je pars pour Nancy ». Je sens et je sais : il me ment.

Christine

Personnage 1 :

Regardez-la, assise à son tapis roulant. Femme-robot presque sans mots.

Bonjour. Vous avez la carte du magasin ? Merci. Au revoir.

Et au suivant pendant 8 heures. Pause surveillée, toujours trop courte. Repas sur le pouce dans une salle nue qui résonne. Jamais assez chaude en hiver et étouffante en été.

Assise en plein courant d ’air. Son pull bouloché qui dépasse de la blouse rouge vif. Son regard morne. Ses mains mécaniques. Son corps anesthésié.

Et la musique en continu. Et le brouhaha des clients. Et le bruit des chariots qui grincent. Et les pas sur le carrelage. Et les clients qui s’énervent dans la file, qui ne disent pas bonjour, qui ont oublié de peser les tomates, qui râlent après la vie chère, qui vont parfois jusqu’à l’insulte.

Elle avale, elle prend, elle fait le dos rond, ne dit rien, attend la pause ou la fin de son service.

A quoi pense-t-elle ?

J’ai envie de lui parler, de lui demander comment elle va, de l’encourager, de poser ma main sur son épaule crispée. Mais le temps presse et les clients s’impatientent. La direction la surveille.

Je voudrais la déraciner de son siège, lui dire …Quoi au juste ? Peu importe. L’emmener boire un café et l’écouter me parler d’elle.

Mes achats sont rangés.

Vous réglez comment ? 

 

Personnage 2 : (toute ressemblance …)

Sur son vélo (c’est plus écolo) il déambule à travers la ville, salue tout le monde, écoute les uns les autres avec une attention presque surnaturelle, en penchant légèrement la tête, regardant droit dans les yeux et promettant qu’il fera quelque chose. Oui oui, vous pouvez compter sur moi.

Si d’aventure quelqu’un ose une critique, il tance gentiment. Mais enfin madame, regardez tout ce qui a déjà été fait depuis que je suis là ! C’est énorme, vous savez. Et puis il faut du temps. Un mandat n’y suffira pas.

Comment ça trop de touristes ! Mais réjouissez-vous ! Ils font vivre la ville madame. Ils sont indispensables au développement économique de la région. Notre ville, un parc d’attraction ? Vous exagérez un peu chère madame. Les gens sont heureux de vivre dans un si beau cadre, je peux en témoigner et notre ville est mondialement connue. C’est un fait indiscutable. Vous imaginez le prestige ?

Il serre des mains, ne retient aucun nom, pédale nonchalamment. Sa ville est une scène de théâtre avec un seul acteur pour s’y pavaner. S’il avait des plumes, il ferait la roue ! 

Valérie

« Tout n’est que théâtralité » a écrit Michel Galabru, ex-propriétaire du théâtre Montmartre - Galabru et grand acteur français. Il avait raison.

1. Je t’ai souvent observé quand tu étais malade, et cela a duré plus de deux ans.

A la question « comment vas-tu ? », tu as toujours répondu « bien », avec ce large sourire et ces yeux pétillants e rieurs qui te caractérise si bien.

A la question « qu’est ce que tu as fait aujourd’hui ? », tu répondais : « je me suis occupée de la logistique de la maison, du repas du midi avec ma fille, du repas du soir pour la famille, et quelques broutilles ». Je savais au fond de moi que cela  t’avais pris du temps, demandé beaucoup d’énergie, que cela t’avais fatigué et que le reste du temps, tu l’avais passé sur le canapé, le lit ou encore au petit salon de la véranda à regarder le ciel, à rêvasser, à penser ,à cogiter, à rester dans un monde où tout était plus lent, où le temps avait rétréci, et où la vie était moins vivace, plus salasse, où le temps s’était comme figé pour que tu puisses exister. Enfin, à la question « De quoi as-tu envie ? », tu répondais sagement « rien pour le moment » . Là, je savais que tu n’avais aucune envie. Oui, tu n’avais envie de rien du tout. Il n’y avait plus aucune projection de ta part. Toi qui aimais tout organisé, géré, faire des surprises, des cadeaux. Tout avait disparu, s’était volatilisé, évaporé. Ton dynamisme, ton rayonnement étaient devenus transparents. Tu étais bloquée dans ton corps, sans esprit vivifiant.

Et pourtant, je continue à te respecter inlassablement.

2. Quand elle est arrivée à l’entretien de recrutement pour un poste d’opératrice de production, j'ai pensé immédiatement qu’elle s’était trompée d’endroit, et ce , immédiatement.

Elle était toute vêtue de blanc en cette fin de printemps : tailleur jupe, style début années 2000, escarpins blancs également, et petit sac porté sous le bras droit, comme si elle se rendait à un mariage. Elle marchait aussi avec beaucoup d’assurance. On aurait pu croire qu’elle était assistante de direction avec ses ongles peints en rouge japonais assez brillants. Mais en fait, rien de tout cela.

Je lui ai alors posé une question après l’avoir salué, et lui avoir demandé de s’installer poliment sur la chaise en face de moi qui nous séparait par un bureau. Elle s’assit sur la chaise comme un cow-boy l’aurait fait, ses épaules retombèrent en avant, elle s’exprimait difficilement dans un vocabulaire très pauvre avec ce que qui devaient ressembler à des phrases pour elle. Réfléchissant pour me parler d’elle, et n’ayant pas compris les questions sur la présentation de ses qualités et défauts professionnels, je décidai d’écourter l’entretien pour ne pas perdre min temps. Son arrivée comme un star du tapis rouge à Cannes s’est finalisée rapidement. L’entretien a à peine duré 5mn avec cet imposteur d’un nouveau temps.

Mario 

Un personnage compatissant
Laurent rassemblait les papiers du dossier précédent pour accueillir le numéro 179.
Quand il lève les yeux, c’est un vieil homme aux yeux humides qui le regarde de biais en essayant de rapprocher la chaise inconfortable. D’un geste mal assuré, il se saisit de son portefeuille, et lentement, les doigts tremblants, concentré pour éviter toute maladresse, en tire, coincé entre deux cartes de fidélité, une carte d’identité qu’il glisse sous la vitre de séparation.
Joseph Moignon.
Laurent sourit sans prendre la carte. «Je vous écoute». Moignon sursaute, puis comme s’il pensait à une évidence, fouille dans sa poche et glisse à côté de la carte d’identité un petit bout froissé sur lequel on pouvait lire 179. «Oui, c’est votre tour monsieur. Que puis-je pour vous ?».
«C’est à propos du dossier d’admission», dit-il, en cherchant à séparer les mots, en articulant distinctement malgré une bouche qui avait tendance à chuinter. Laurent sourit toujours : «vous l’avez, ce dossier ?». Perdu, Joseph regarde autour de lui, avisant une sacoche où dépasse un amas de feuilles en désordre. «Je crois qu’il me manque des choses» souffle-t-il, en déposant son butin sous la vitre. Un dossier sur lequel on voyait les pliures, les taches de café, la mauvaise impression, le mauvais papier. Et par-ci, par-là, se détachant de l’encre grise, des caractères d’un bleu profond, tracés avec le soin d’un écolier des années 50 qui tentait de répondre aux questions du professeur.
Derrière le vieil homme, une dizaine d’individus font la queue, guettant leur numéro gagnant sur le moniteur des vainqueurs. Déjà, certains observent le vieil homme, sa lenteur, son inertie. Laurent souffre déjà. Il souffre de devoir faire souffrir, il souffre de dérouler le fil du dossier à compléter, des explications à donner, des  désillusions à infliger.
«Vous n’aviez pas pu faire la préadmission sur notre site ?» demande-t-il, sans trop y croire. Pourtant, certains de ces clients âgés ont encore dans leur environnement un enfant, une nièce, un petit-cousin, plus à l’aise... Mais depuis que l’emploi dirige les vies, ils sont de plus en plus nombreux à se répandre dans toute la France et au-delà, isolés de leurs familles.
«Euh, attendez...». Le vieil homme sort de sa poche un smartphone flambant neuf, saisit en s’y reprenant à deux fois un code PIN, puis, pendant de longues secondes, étudie la disposition des icônes sur sa page d’accueil avant d’en sélectionner une. Un appui déterminé de plus, et le téléphone se tourne vers Laurent qui lit : «votre code de confirmation est 784903».
Laurent ne peut retenir un soupir, même si au fond de lui, c’est un gémissement de compassion qu’il voulait produire. Le code de confirmation, envoyé par mail pour valider l’adresse fournie n’est que la prémisse. Enregistrant le «non» implicite à sa première question, Laurent prend la liasse des documents, tourne les pages, et la voix la plus douce possible : «alors, pour commencer, il manque le document signé par l’anesthésiste».
«Comment ?», fait Joseph, le regard perdu.
«Le mot de l’anesthésiste. Je pense que votre chirurgien vous a dit qu’il fallait prendre rendez-vous avec lui ?». Mais Laurent voyait bien que non. Ou voyait que dans l’anxiété de devoir subir une opération, le vieil homme avait suspendu sa compréhension, avait limité ses questions au maximum de peur d’en apprendre trop. Laurent en voyait tous les jours, des vieux malmenés par le système. Celui-ci en avait les symptômes : un regard vague, humide. Une bouche qui hésitait à former les mots, qui se secouait au gré des débuts de phrases. La recherche d’une âme aidante, où qu’elle soit, y compris au plafond. La solitude face au guichet, les lettres bien formées sur le dossier, pour ne pas se faire gronder. Tout l’infantilisation d’un système.
Et tous ces détails, ces sécurités, ces doublons, qui le matraquaient, l’embrouillaient. Et les jeunes, derrière lui, mais aussi les moins jeunes, qui commencent à manifester leur impatience, qui tapent du pied. Le vacarme de leurs bavardages qui monte, la phrase dite à voix basse, juste pour être entendue «pfff, c’est long». Ou le soupir assassin.
Et Joseph, là, qui perdait ses moyens, qui aurait voulu cesser d’être un poids pour cette société, qui aurait voulu disparaître, parachevant le vœu que semblait former le monde. Laurent, d’un sourire triste, passa la main dans l’espace si restreint sous l’hygiaphone. Coincé, la vitre entamant sa peau, il la posa sur la main noueuse de Joseph, dont le regard fut soudainement très concentré.
«Ne vous en faites pas. On va passer tout ça en revue». Puis, comme dans un regard de défi, il fit un sourire à la caméra de surveillance qui veillait à la bonne tenue des admissions de l’hôpital.
Texte où se joue un théâtre de dupes

Huit femmes et six hommes avaient pris place tout autour du cercle de tables. Le ronronnement du vidéoprojecteur qui projetait le calendrier estimatif des activités rompait seul le silence glacial qui venait de s’installer.
Puis, la responsable adjointe prit la parole.
- C’est pourtant ce qui avait été convenu en décembre !
Et tous de se tourner vers le responsable technique, tout sourire, poli, trop poli.
- Des événements indépendants de notre volonté, Louise, on n’y peut rien.
Les représentants des autres services cherchaient une nouvelle position. Certains tentaient d’accrocher le regard de leur responsable pour transmettre une fausse sympathie. D’autres, sentant que le vent pouvait encore tourner, se tassaient au fond de leur chaise. On entendait le tapotement d’un esquiveur particulièrement adroit qui répondait sans doute à l’un ou l’autre mail.
- Antoine, je regrette, on ne peut pas accepter de délai : tu le vois bien, le calendrier est contraint.
- Eh ! Est-ce que c’est de ma faute si j’ai eu trois agents en maladie, si le budget a été voté si tard, si le fournisseur tarde à rendre ses devis. C’est qu’on court dans tous les sens, nous. Et moi, j’ai la tête sous l’eau. Simplement, ça ne sera pas possible.
Autour de la table, peu de gens étaient dupes. Les devis n’étaient demandés qu’en dernière minute, les relations fournisseurs désastreuses, les collaborateurs cherchaient à fuir. Mais les faits sont là, difficiles à détruire.
- Antoine, disait Louise, j’attends d’un chef de service qu’il anticipe les problèmes, qu’il les résorbe. Les excuses ne me conviennent pas.
En disant cela, elle cherchait à accrocher le regard des «bons élèves». Antoine ne perdait pas un regard : il cherchait qui étaient ses alliés, qui étaient ses ennemis. Il guettait le faux pas, la phrase de trop, l’exaspération. N’importe quoi qui lui permettait de reprendre l’initiative.
Louise, exaspérée, le savait bien. Un soupir.
- Du coup, on repousse à juillet ? Je vais être obligée d’annuler les congés prévus. Ou alors une autre proposition ? Faut-il que je confie le dossier à quelqu’un d’autre ?
Évidemment, même parmi les plus attentifs, le flottement s’installa. Soudainement, l’écran de projection était très intéressant. Le téléphone portable de certains semblait s’animer.
- Je trouve toujours problématique, continuait la responsable, que les problèmes de certains amènent du travail supplémentaire pour les autres, mais nous avons des obligations, des clients.
Son regard ne quittait par Antoine, mais celui-ci savait déjà qu’il avait gagné cette manche. Il haussa les épaules avec un sens aigu du fatalisme, se recula sur sa chaise et laissa passer le silence.
Le vidéoprojecteur choisit ce moment pour se mettre en veille. Huit femmes et six hommes restaient figés, à l’exception de Louise, dont les hochements de têtes impuissants animaient, seuls, la vanité de la réunion.
Solange 
Personnage empathique
C’était le maire de la commune. Heureusement, c’était un village, pas une grande ville, car la nouvelle se répandit très vite.
M. le maire se tenait à disposition de tous les habitants pour les écouter et les réconforter.
Il avait perçu une grande tristesse dans la population en général, et s’était donné pour mission de ramener la joie dans sa commune.
On faisait la queue devant la mairie pour aller raconter son histoire à M. le maire, et ce dernier prenait la peine et le temps d’écouter chacun, et il trouvait les mots qui apaisent, qui ramènent la sérénité, et on oubliait sa tristesse, on ne voyait plus que le positif.

Personnage qui perçoit la comédie sociale
C’était le médecin du village. Il avait déjà un certain âge, il était là depuis longtemps. Les
habitants étaient contents d’avoir encore un médecin, ils appréhendaient son départ à la
retraite, n’étant pas sûrs qu’il trouverait un successeur.
Alors tous s’efforçaient de montrer la vie dans le village sous son meilleur côté lorsqu’ils allaient chez le médecin. Mais celui-ci n’était pas dupe, il voyait bien que tout le monde enjolivait les choses. Il n’y avait soi-disant aucune querelle, aucune mésentente, seules régnaient l’entraide et la solidarité dans le village.
Il pouvait cependant très bien présenter la vie du village telle que la lui décrivaient ses habitants à un jeune médecin sans qu’on puisse l’accuser de mentir. Il n’était pas du tout tenu de dire ce qu’il savait véritablement. 
 
Alexandra Merent



Elle est assise sur une petite chaise de camping avec deux grands sacs en plastique qui l'encadrent.
Que contiennent-ils?
N'a-t-elle pas froid, ainsi recroquevillée, immobile dans sa veste et sous ses couvertures, dehors, sur un temps aussi long?
Quelle vie ! À subir les regards de mépris, de pitié, fuyants, les propos agressifs, sans doute, parfois.
On dirait ma mère.
Noire de peau.
Les traits du visage émaciés sur des joues un peu creuses et cet air de ne pas être vraiment là.
"Maman !"
Je l'avais déjà aperçu ailleurs, je crois.
Je m'arrête à sa hauteur.
Je n'aime pas donner de l'argent.
Et puis, j'ai rarement de la monnaie sur moi.
Je lui dis : "Bonjour!" et m'enquiers de savoir si elle passe la nuit dans la rue, la questionne pour savoir ce qu'elle fait là, si elle a de la famille.
Elle répond qu'elle ne dort pas dehors et me montre une petite clé de placard accrochée à un anneau auquel pend une étiquette en plastique entouré de vert sans rien d'écrit dessus.
Elle me parle de sa petite retraite et de sa famille en Guinée-Bissau qu'elle espère retrouver un jour.
Elle s'appelle Aïssata.
Je lui demande ce qui lui ferait plaisir car je vais faire deux, trois courses avant de rentrer chez moi.
Elle dit : "De l'huile. Pour faire la cuisine."
Je répète : "De l'huile ?".
Quoi comme huile ? Je suis un peu surprise. Mais pourquoi pas.
Je pénètre dans le magasin derrière nous, en parcours les allées à la recherche d'une bouteille d'huile que je choisis d'arachides, comme elle est africaine.
Sans doute cela sera plus approprié à sa cuisine et lui fera plaisir.
J'ai encore ce doute d'avoir compris de travers.
De l'huile ?...
Je passe à la caisse rapide, paye et ressors du magasin.
Presque arrivée à sa hauteur, je lève cette bouteille telle un trophée, du champagne.
Elle rit au loin et danse assise sur sa chaise, en levant elle aussi les bras vers le ciel.
Elle me remercie chaleureusement, fait disparaître la bouteille dans un sac.
Je lui prends les mains qu'elle a, sèches et tendres à la fois, la peau fine aux veines gonflées, les serre, avant de poursuivre mon chemin vers la gare.



Une danse de l'huile !
Ben voyons !
"Le bruit et l'odeur !"
Friture à tous les étages !
Et elle se marre! Bien contente d'avoir trouvé
une pigeonne qui, le cœur léger et pleine de bonne conscience, doit se trouver imprégnée d'un sentiment de devoir accompli.
Encore une qui contribue à entretenir cette engeance.
Assise des heures à mendier avec son gobelet de carton et à faire des salamalecs.
Je la vois presque chaque jour, figée au même endroit, avec ses sachets Lidl, en compagnie de ses acolytes.
Boiteux, manchots, crasseux, avec chien, avec marmots, de tous âges, de tous sexes, à crêtes, à queue de cheval, sans le cheveu.
Un costume, un masque destiné à chacune de nos consciences pour nous faire abdiquer.
Ils se répartissent le secteur, quadrillent la zone de façon à ce qu'aucune sortie du centre commercial n'échappe à leur présence nuisible et invasive, intrusive.
Ne semblent avoir rien d'autre à faire ces gens-là, quand d'autres, ceux qui se lèvent tôt le matin, passent leurs journées à se casser l'cul au boulot.
Voudraient vous faire culpabiliser avec leurs mines de sans-dents, sans le sou et sans gêne.
Pas embarrassés d'importuner les honnêtes citoyens.
Pique-assiette qui s'invitent à notre table pour profiter de nos agapes !

 

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