Séance du 20 décembre
1. 1. Jeux d’imagination à faire en cercle :
- Jeu de l’usine à rimes
- Associer des idées et des mots : donner une rime -ion
- Pieds parallèles ancrés au sol, genoux fléchi prêts à recevoir : lancer un mot, réceptionner et en envoyer un autre avec la même rime, rapide, focaliser l’autre, réactif, prenez et renvoyez, importance du regard et de l’adresse ( cf balle imaginaire à lancer)
- Astuce du déroulement de l’alphabet pour balayer le champ des possibles.
- Jeu jusqu’à l’élimination avec une rime lancée à chaque fois différente. Elimination si on reprend un mot que l’on a déjà dit.
- Aimer les mots, le langage, la pâte sonore des mots, les sons.
Nous avons fait le jeu autour de la table mais je donne la consigne telle qu'elle était initialement prévue.
Qu’est-ce que ça fait travailler ? la spontanéité, l’imagination, la réactivité, la concentration, le vocabulaire
- . Le dictionnaire imaginaire
- 3 personnes donnent une syllabe, la quatrième avec le mot fabriqué doit donner une définition, une explication de la signification. Ex ba –ou-ni-, qu’est-ce que le baouni ? mais il faut que la définition soit originale, convaincante. Venir dire la définition au centre, s’installer dans le discours.
- Qui vous a paru le plus convaincant ? Force de conviction, argument d’autorité avec une pseudo cotation ou une référence scientifique. Attitude déterminante pour convaincre. Prendre possession de l’espace pour favoriser l’écoute de tous. Ne pas anticiper sur ce que l’on va dire, se laisser guider par les sonorités du mot.
- Faire un 2ème tout pour améliorer la définition, être plus convaincant : bien redire le mot avant de le définir. Y croire, regarder tout le monde, pas seulement parler à l’intervenant. Pour être convaincant, il faut être convaincu soi même.
Nous avons fait l'exercice en rédigeant les définitions. n'oubliez pas de me les envoyer.
2. 2. Nous faisons partie des vivants. Les écrivains s’intéressent au point de vue de ceux qui vivent au milieu de nous, avec lesquels nous partageons un territoire et qui ont sans doute leurs mots à dire sur ce que nous leur imposons, infligeons. ( Cf donner des droits aux fleuves, en faire des personnes juridiques Camille de Toledo et la Loire Le Parlement de la Loire.)
- Présentation de Anima de Wajdi Mouawad,
lectures d’extraits :
Le scarabée
est un insecte qui se nourrit des excréments d’animaux autrement plus gros que
lui. Les intestins de ces animaux ont cru tirer tout ce qu’il y avait à tirer
de la nourriture ingurgitée par l’animal. Pourtant, le scarabée trouve, à
l’intérieur de ce qui a été rejeté, la nourriture nécessaire à sa survie grâce
à un système intestinal dont la précision, la finesse et une incroyable
sensibilité surpassent celles de n’importe quel mammifère. De ces excréments
dont il se nourrit, le scarabée tire la substance appropriée à la production de
cette carapace si magnifique qu’on lui connaît et qui émeut notre regard : le
vert jade du scarabée de Chine, le rouge pourpre du scarabée d’Afrique, le noir
de jais du scarabée d’Europe et le trésor du scarabée d’or, mythique entre
tous, introuvable, mystère des mystères.
Un artiste est un scarabée qui trouve, dans les excréments mêmes de la société,
les aliments nécessaires pour produire les œuvres qui fascinent et bouleversent
ses semblables. L’artiste, tel un scarabée, se nourrit de la merde du monde
pour lequel il œuvre, et de cette nourriture abjecte il parvient, parfois, à
faire jaillir la beauté.
Wajdi Mouawad
Début de Anima de Wajdi Mouawad
FELIS SYLVESTRIS CATUS CARTHUSIANORUM
Ils avaient tant joué à mourir dans les bras l’un de l’autre, qu’en la trouvant ensanglantée au milieu du salon, il a éclaté de rire, convaincu d’être devant une mise en scène, quelque chose de grandiose, pour le surprendre cette fois-ci, le terrasser, l’estomaquer, lui faire perdre la tête, l’avoir.
Lâchant le sac plastique jaune, le matin même elle lui avait dit de sa voix enjouée Tu achèteras du thon car le-thon-c’est-bon, il comprenait qu’elle était morte puisqu’elle avait les yeux ouverts, le regard fixe et tenait, entre ses mains, sa blessure, le couteau planté là dans son sexe.
Ôtez la terre dessus ma tête, voulut-il hurler, comme au jour ancien où des hommes l’avaient enterré vivant. Il ne faut pas que je pleure, s’était-il répété, si je pleure, si je crie, ils recommenceront, me sortiront, me tueront et me remettront dedans. Et là encore, debout au milieu du corridor de l’entrée, perdant la mesure du temps, il n’a pas bougé, n’a pas respiré, de peur que cela ne recommence, qu’elle ne meure de nouveau, ce qui était absurde enfin puisqu’elle était morte de toute évidence, les mains agrippées à la lame, bouquet de fleurs sur son ventre cassé. Sans doute avait-elle tenté de retirer le couteau durant son agonie, je l’ignore, mais si tel était le cas, elle a dû mourir avant, l’effort exigeant trop de sang. Il a imaginé, j’en suis sûr, les derniers battements de son cœur, poisson-chat au milieu de la poitrine, abandonné à lui-même, entraîné vers les profondeurs. Il a imaginé, j’en suis sûr, son sang courir une dernière fois, fuite effrénée, aveugle, à travers le dédale de ses veines pour jaillir comme un éclat de rire par la blessure ouverte, son sexe, où le couteau avait été planté puis replanté puis replanté et replanté encore.
Léonie !… Léonie !… Ce n’était rien, ni un appel, ni une plainte, à peine un souffle, le réflexe du quotidien. Il aimait tant dire son prénom, il y mettait chaque fois toute la douceur dont il était capable, Léonie, j’aime tellement dire ton prénom, Léonie, et on fait naître des libellules à chaque mouvement des lèvres, Léonie, il n’y avait plus de libellules. Devant lui se dressaient mobiliers et objets, insupportables dans leur mutisme, leur indifférence au malheur.
La lumière du jour, demi-teinte par demi-teinte, s’est retirée de l’appartement, aspirée à travers les deux grandes fenêtres comme au fond d’un entonnoir, par le mouvement général du monde.
C’était l’heure où le ciel, dans sa limpide beauté, conservait sa luminosité azurée semblable aux vitraux de la cathédrale où j’aime traîner quelquefois.
Je ne peux pas dire combien de temps il est resté sans bouger, combien de temps est passé avant qu’il n’aille s’agenouiller à ses côtés. Je le voyais dans la lueur jaunâtre des lampadaires extérieurs qui éclaboussaient, par taches, une partie du salon. Il a approché son visage de son visage, chaque instant nous éloignait d’elle, Léonie était pâle comme une étoile trop lointaine, bleuie par les ténèbres de la nuit. Il s’est redressé, a relevé la tête, il a cherché son souffle et, se prenant le ventre de ses bras croisés, comme pour calmer une crampe aiguë, il a eu un gémissement, ni cri ni pleur, davantage un vomissement rauque, créant une vibration telle que les vitres de l’appartement se sont mises à trembler dans leur cadre de bois. ( …)
2ème extrait
Le roman de Mouawad a une particularité : chaque chapitre est écrit du point de vue d’un animal. Il s’agit ici du chapitre intitulé « Grus canadensis ».
Parties à l’aube, nous volions très haut dans le ciel, guidées par la plus âgée de notre nuée. Elle formait à elle seule l’avant-garde et nous entraînait en direction du soleil vers un point déterminé de l’horizon d’où tout à coup est parti un vent mauvais, précurseur de tempête, et dont le souffle glacial nous est parvenu comme un chant plein de menaces.
Percevant le danger, elle, la plus prodigieuse et la plus âgée, qui a connu toutes les migrations, qui a niché au nord comme au sud, s’est mise à branler de la tête et à claquer fiévreusement du bec. Elle a porté son regard aux confins des lumières, puis, irritée, en colère contre l’orage de plus en plus proche, elle a lancé un cri long et strident que nous avons repris en chœur pour avertir les autres, derrière nous, de la manœuvre qui se préparait. Kèr-lou ! Ker-li-ou ! L’air s’engouffrait dans nos gueules ouvertes et déchirait nos joues. Le froid pénétrait nos poumons comme des coulées de neige. Kèr-lou ! Ker-li-ou !
Soudain, sans nous avertir, elle, la plus âgée, a refermé ses ailes pour se laisser tomber comme une pierre. Sans attendre nous l’avons imitée et sommes tombées à notre tour.
Plusieurs se sont désarticulées dans le ciel noir, emportées, projetées, le cou en vrille, ballottées sans vie, cassées, défaites dans les gifles de la tempête. Je tentais désespérément de garder mes ailes repliées pour ne pas être démembrée à mon tour par le hachoir des accélérations tandis que, plus bas, je devinais la débâcle de mes compagnes qui se débattaient contre la férocité de la pluie. Certaines se laissaient choir jusqu’au ras du sol pour rouvrir leurs ailes au dernier instant et regagner les cimes des arbres où elles trouvaient refuge, mais plusieurs parmi les plus jeunes et les moins expérimentées de notre nuée échouaient dans leur manœuvre et explosaient contre la terre.
J’ai voulu déployer mes ailes pour freiner ma chute, mais j’ai heurté, sans le vouloir, un mur en mouvement sorti du brouillard et je me suis brisé les jambes. J’ai frappé une paroi vitrée sur laquelle j’ai rebondi pour être projetée contre le sol. J’ai entendu un crissement et j’ai vu les lumières aveuglantes d’un monstre métallique s’arrêter à côté de moi. La pluie tombait. J’ai essayé de battre des ailes, mais je ne pouvais plus bouger. J’ai senti une ombre, une présence, un humain s’est penché, il a dit Une grue ! Viens voir ça ! Je crois qu’elle respire encore.
Qui est Wajdi Mouawad? ( Voir article spécifique)
- Présentation de La Vie fragile de Louise Pommeret et de Cher arbre d’Albane Gelée
Tais-toi. Ecoute.
Non, pas comme ça, viens plus près. Là, serre-toi contre moi, je veux sentir ta peau, ton souffle. Comme le jour où tu es arrivée parmi nous, comme quand tu t’es mise à pleurer, la joue contre mon tronc, et qu’alors j’avais l’impression d’être pour toi le seul hêtre au monde. Approche, passe ton bras autour de moi, colle ton oreille sur mon écorce. Est-ce que tu sens comme ma croûte es devenue plus épaisse et plus dure, avec les années ? J’ai vieilli, c’est tout. Toi aussi tu as vieilli, le temps n’oublie personne. Tu es arrivée ici comme un oiseau tombe du nid, un peu par hasard, un peu par accident. Par chance, aussi.
Ecoute, tu n’as rien entendu, Non, pas la chouette qui hulule derrière nous, dans les profondeurs du Pidgier. Pas la brise, non, ni le crapaud qui fait craquer, de son poids lourd, les brindilles sèches sur les pierres de la cour ; Je ne parle pas de ces voix –là, mais des autres. Des voix humaines, on dirait qu’elles se sont éloignées, à présent ; Avant de partir elles ont dit Demain, on attaquera demain. Attaquer quoi, et qui ? Qui donc nous a déclaré la guerre ? Qui a décrété que nous devions mourir ?
On attaquera par celui-là, elles ont ajouté ; Regarde le signe tracé sur mon tronc, cette croix rouge : je suis un condamné qui vit ses dernières heures. Derrière, tu les aperçois derrière la haie d’arbres, dans le champ ? Leurs engins à l’arrêt, alignés en rang d’oignons, les uns à côté des autres ? Le régiment attend les ordres. C’est la seule chose qu’il sache faire, attendre et obéir.
Ils abattront le muret
Ils assècheront la rigole
Ils retourneront les pierres de la cour
Ils arracheront la mousse, et l’herbe, et la ronce
Ils emporteront la croix
Ils raseront les haies
Ils démoliront la maison
Je les ai vus naître à la lumière, sortir de terre pour vivre ; j’ai entendu leurs espoirs et leurs doutes, leurs craintes. J’ai contemplé leur grandeur et leur misère. Le lieu disparaitra. Crois –tu qu’ils mettront quelque chose, au bord de leur route ? Une plaque, un panneau, qui rappellerait qu’ici, une vie s’est bâtie, qu’elle portait un nom ? Vous aimez ça, vous autres, que des stèles rappellent votre œuvre de destruction.
Ils m’arracheront moi aussi, avec les autres. Je leur souhaite du courage, mes racines avec le temps se sont étendues à un point que leurs engins sont incapables d’imaginer. C’est par moi que tout a commencé, c’est par moi que tout finira. J’ai fait le lieu, ma disparition l’effacera pour de bon.
Consigne d’écriture : choisir une espèce animale ou végétale et faire un récit de son point de vue : sapin de Noël par exemple. Animal familier, arbre du jardin, mésanges … Ecrire à la première personne. Essayer de trouver une langue particulière, des images qui lui correspondent, ou alors simplement anthropomorphisée…)
Le contexte est très variable : de quoi témoigne l’animal ou la plante : vie dans un espace, destruction, scènes auxquelles il ou elle assiste (situation des paysans aujourd’hui , invasion d’espaces protégés par des touristes, ce qui se passe dans une famille, un couple, en lien avec le maître ou la maîtresse etc)
Se lire les textes de façon un peu théâtralisée. Entrainez vous à les lire pour le début de la séance prochaine le 31 janvier.
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