Textes de Mario sur les toiles de Vieux Niang
- Exercice "flux de pensée" devant un tableau
Il y a des masques et un monstre, et le monstre est fait de masques et les masques sont le monstre. Tout ça flotte ("viens donc flotter avec nous") et tombe au fond en même temps. C'est perdu tout au fond, ça bouge avec le courant, ça rêve d'un temps perdu, honni, sale, maladif. J'ai une boule à l'estomac, aigre, colère. Du temps volé par le monstre. La plaie jaunâtre, la bile.Comme le radiateur fait un bruit de chasse d'eau infinie, le monstre se rassemble au fond de la cuvette. Elle ne se remplit jamais. Elle n'évacue rien. C'est coincé, là, toujours au fond.Je ne sais même plus si je pense. Le bac se remplit. Il envahit mon oreille droite, et à droite, il y a de l'ombre. À gauche, c'est radioactif. Le monstre avance sur ses pattes, flotte au-dessus du sable bleu. Des yeux cachés, effrayés. Munch, quelque part. Le cri, de colère toujours. Soupir de saturation, soupir de ce qui ne se remplit jamais. Sortir, quoi, de quoi, d'où, de qui.Santé, sans rien voir, juste entendre, écouter, saturer, et des bruits de murmures, de conversations, d'autres, de secours, de retour, le sol, et l'assise confortable, sauf le bruit, sauf l'écho, sauf le pied reposant sur l'autre pied, qui dérange, un peu, qui se rappelle, qui existe, qui interrompt.- Méditation à partir du titre (du même tableau, en l'occurrence, le premier de la série de 5 appelés "La grande parenthèse", d'où sans doute, les masques du Covid...)
Il y a un avant, et un après. Et les deux restent liés, mais séparés, ils perdent leur intimité. Quelque chose s'y mêle. Et existe, entre les deux, tente de s'imposer, d'écarter, de perdre. Pourtant, c'est le même qui les a mis là, ces trois là. Intentionnellement.Jusqu'où peut-il, souhaite-t-il, perdre le lien ? Quelle longueur peut supporter la parenthèse sans perdre le sens de ce qui unit l'avant et l'après ? Combien de mots, combien d'idées, pour qu'on ne sache plus, en partant de l'avant, où tombera l'après.La parenthèse, on peut l'ignorer, mais elle est là, voulue, incise, coincée, placée. Elle nous oblige à résister à l'envie de l'ignorer. Elle est presque plus présente que le reste, qui pourtant forme un tout, qui garde théoriquement le sens. La parenthèse, si grande soit-elle, peut-elle être plus forte que cette idée ?Et si l'idée était dans la parenthèse ? Et si la parenthèse contenait une clé, si elle pouvait éclairer la phrase et l'unir ? La tenir entière. Sans la parenthèse, l'avant et l'après sont fluides, sans surprise, sans doute, sans subtilité. Avec la parenthèse, on sourit, on plisse les yeux, on soupçonne, on acquiesce. La grande parenthèse, on doit pouvoir l'abstraire, mais le veut-on ? Il y a en elle du vide et du plein, en même temps. Un paradoxe qui enrichit, une méditation qui se glisse, subrepticement, entre le passé et le futur, un éclairage nouveau sur l'instant.La parenthèse est l'instant, le présent. Le milieu dans lequel on se retrouve. Elle peut s'étendre. Elle peut prendre le tout. Elle devient le tout. Il suffit d'en limer les bords, de ponctuer. Et elle éclot, là, devant nos yeux.
- Acrostiche pour Vieux Niang
Vies vives ensoleillées
Images tremblantes de souvenirs
Entités voguant vivement
Une couleur après l'autre
X dans le grillage des cieux
Naturel coulant de source
Instants capturés
Abritant dans la toile
Notre temps et celui des autres
Gagnant l'éternité
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