Il y a un fleuve...
Sébastien:
Il y a un fleuve qui pousse derrière soi
Vers l’autre
Celui qui appelle
Invitation à la fusion à la rencontre
J’entends sa voix qui chuchote à l’oreille
Ses doigts fins délicats caressent une mèche
Au creux de son sourire
L’amour embrasse le désir
Il y a un fleuve qui retient en moi
L’apôtre
Celui qui amoncelle
Explosion de répétitions à notre encontre
J’arpente sa voie qui m’encercle sans pareil
Sa traînée de poudre jusqu’à la mèche
Au pieux sans se salir
L’âme ourdit de ires
Mario:
Il y a un fleuve
Il y a un fleuve qui coule en moi.
Il était source autrefois
Jaillissant, bouillonnant.
Un petit ru au milieu des fleurs.
Un petit ru discret qui attendait son heure.
Espérance.
Constance.
Il y a un fleuve qui coule en moi.
D’abord ruisseau impétueux
Cascade de rires et d’insouciance.
Eau claire
Eau limpide sans mensonges.
Juste un ruisseau d’eau pure.
Il y a un fleuve qui coule en moi.
L’eau s’est chargée de boue
Parfois.
De neige aussi
De paresse alanguie
De débordements ravageurs.
Un fleuve dont les berges ont varié
Qui a coulé sous des ponts
A transporté des bateaux de papier
Des projets
Des envies
Des abandons.
Il y a un fleuve qui coule en moi
Et m’emporte
Me transporte
Me fait et me défait.
Il est d’eau, d’encre, de feu
Il est de glace, de vertige, de puissance.
Il y a un fleuve qui coule en moi
Se rapproche de l’estuaire
Se calme
S’assagit.
C’est l’eau de mes yeux
Du temps qui passe
L’eau qui bientôt se chargera de sel
Se laissera glisser
Dans l’infini du rêve.
Valérie
Il y a un fleuve
Il y a un bateau qui arrive une fois par semaine
Des gens en descendent
D’autres y montent
Il y a un fleuve
C’est un élément qui interrompt cette campagne si calme
C’est un long et large cours d’eau qui vivifie la grisaille
Il y a un fleuve
Qui génère du travail
Occasionne des retrouvailles
Qui apporte du bétail
Il y a un fleuve
Qui donne envie de le suivre
Qui donne envoie de découvrir
Qui fait penser à son avenir
Il y a un fleuve
Qui ruissèle abondamment
Le long duquel se rassemblent ces gens
Pour fêter des événements
Se rappeler du vieux temps
Pour laisser éclater leurs rires d’enfants
Il y avait un fleuve
Qui a disparu maintenant
Dont le lit nous rappelle qu’on est toujours vivant
Et qui a laissé maintenant
Place à de nouveaux tourments
Joëlle
IL Y A UN FLEUVE
Là-bas, au bout de cette terre
Il y a un fleuve
Un fleuve, pour voyager
Pour rêver, pour naviguer
Il y a un fleuve qui fait vivre, nous, les hommes
Il y a un fleuve qui vous fait vivre, vous les animaux
Il y a un fleuve pour vous et nous, des espèces
Un fleuve qui nourrit
Un fleuve qui vit
Parfois tranquille, parfois tumultueux
Les pêcheurs, les navigateurs connaissent
Eau profonde, eau limpide
De l’eau qui abreuve les sillons
Il y a un fleuve ici, là-bas qui est le moteur de notre vie
Un fleuve qui va m’amener à la mer et à mes rêves.
Alexandra
Il y a un fleuve…
Il y a un fleuve qui déborde sur mes joues.
Il avale les cris des enfants qui jouent alentours, à jeter des cailloux dedans, à se jeter dedans.
Il aspire les hippopotames, les crocodiles, les tilapias.
Il laisse s'échapper les pélicans et les Martin-pêcheurs, à tire d'ailes.
Il éventre les maisons en terre crue.
Il recouvre les cultures rizicoles, de limon, en prévision de jours meilleurs, alors qu'Il me sort par les trous de nez.
Il y a un fleuve qui rejoindra son lit défait comme mes traits après la bataille. De guerre lasse, des laisses de crue marqueront ma peau de terre crue, derniers liens de l'hymen forcé, quelques temps.
Nul pirogue à quai pour s’échapper, nul piquet de bois pour s'accrocher. Les unes ont bu la tasse, les autres sont bois flottés. Tous à l'eau pour écoper et larguer les amarres. C'est la fête.
Nous voguons sur le fleuve qui serpente, au fil des saisons, tantôt vert-de-brun, lent et serein, tantôt marron-rougeâtre, brusque et rapide.
Et j'agite mon mouchoir sous un soleil narquois, vers les berges repeuplées par la vie, en signe de ce qui n'est, je l'espère, qu'un aurevoir.
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