Il y a un fleuve...

 Sébastien:

Il y a un fleuve qui pousse derrière soi

Vers l’autre

Celui qui appelle

Invitation à la fusion à la rencontre

J’entends sa voix qui chuchote à l’oreille

Ses doigts fins délicats caressent une mèche

Au creux de son sourire

L’amour embrasse le désir

Il y a un fleuve qui retient en moi

L’apôtre

Celui qui amoncelle

Explosion de répétitions à notre encontre

J’arpente sa voie qui m’encercle sans pareil

Sa traînée de poudre jusqu’à la mèche

Au pieux sans se salir

L’âme ourdit de ires 

 

Mario:

Il y a un fleuve
Et je regarde au-delà ce que n'atteindrai pas
Je m'assois sur la berge
J'attends l'inspiration
Des langes glissent sur les flots.
Suivis de jouets en plastique
Un ballon tricolore se perd dans les roseaux
Et toutes ces feuilles de papier !
Flocons millimétrés, quadrillés, griffonnés
Je les regarde passer
L'encre bleue s'estompe
Les notes rouges restent.
Le fleuve charrie les chéquiers
Des cautions, des factures
Je vois tout passer, sans regrets
S'enliser dans le limon
Et la voilà nageant dans le courant
Son épaule me cache son visage
Son chant se perd déjà
Son sourire, je le vois bien, encore
La voilà partie
Je reste là, l'autre rive me nargue
Et je vois passer les médailles
Les rapports
Le mobilier
Mes pieds s'enfoncent dans la vase
Quand passent les premiers cheveux gris
Elle ne revient plus
Jamais
Et les autres passent sans bruit
Sans goût, sans parfums
Et la nuit tombe
Et la rive s'estompe
Le fleuve devant moi est passé.
Aucune rive ne fut atteinte.
La nuque retombe
Le menton pointe vers l'eau
Les yeux suivent
Il n'y a plus que le courant
Rien de plus que le courant.
 
Christine

 Il y a un fleuve

Il y a un fleuve qui coule en moi.

Il était source autrefois

Jaillissant, bouillonnant.

Un petit ru au milieu des fleurs.

Un petit ru discret qui attendait son heure.

Espérance.

Constance.

Il y a un fleuve qui coule en moi.

D’abord ruisseau impétueux

Cascade de rires et d’insouciance.

Eau claire

Eau limpide sans mensonges.

Juste un ruisseau d’eau pure.

Il y a un fleuve qui coule en moi.

L’eau s’est chargée de boue

Parfois.

De neige aussi

De paresse alanguie

De débordements ravageurs.

Un fleuve dont les berges ont varié

Qui a coulé sous des ponts

A transporté des bateaux de papier

Des projets

Des envies

Des abandons.

Il y a un fleuve qui coule en moi

Et m’emporte

Me transporte

Me fait et me défait.

Il est d’eau, d’encre, de feu

Il est de glace, de vertige, de puissance.

Il y a un fleuve qui coule en moi

Se rapproche de l’estuaire

Se calme

S’assagit.

C’est l’eau de mes yeux

Du temps qui passe

L’eau qui bientôt se chargera de sel

Se laissera glisser

Dans l’infini du rêve.

 

Valérie 

Il y a un fleuve

Il y a un bateau qui arrive une fois par semaine

Des gens en descendent

D’autres y montent

Il y a un fleuve

C’est un élément qui interrompt cette campagne si calme

C’est un long et large cours d’eau qui vivifie la grisaille

Il y a un fleuve

Qui génère du travail

Occasionne des retrouvailles

Qui apporte du bétail

Il y a un fleuve

Qui donne envie de le suivre

Qui donne envoie de découvrir

Qui fait penser à son avenir

Il y a un fleuve

Qui ruissèle abondamment

Le long duquel se rassemblent ces gens

Pour fêter des événements

Se rappeler du vieux temps

Pour laisser éclater leurs rires d’enfants

Il y avait un fleuve

Qui a disparu maintenant

Dont le lit nous rappelle qu’on est toujours vivant

Et qui a laissé maintenant

Place à de nouveaux tourments 

 

Joëlle

IL Y A UN FLEUVE

Là-bas, au bout de cette terre

Il y a un fleuve

Un fleuve, pour voyager

Pour rêver, pour naviguer

Il y a un fleuve qui fait vivre, nous, les hommes

Il y a un fleuve qui vous fait vivre, vous les animaux

Il y a un fleuve pour vous et nous, des espèces

Un fleuve qui nourrit

Un fleuve qui vit

Parfois tranquille, parfois tumultueux

Les pêcheurs, les navigateurs connaissent

Eau profonde, eau limpide

De l’eau qui abreuve les sillons

Il y a un fleuve ici, là-bas qui est le moteur de notre vie

Un fleuve qui va m’amener à la mer et à mes rêves.

Alexandra

Il y a un fleuve…

Il y a un fleuve qui déborde sur mes joues.

 Il avale les cris des enfants qui jouent alentours, à jeter des cailloux dedans, à se jeter dedans. 

Il aspire les hippopotames, les crocodiles, les tilapias.

 Il laisse s'échapper les pélicans et les Martin-pêcheurs, à tire d'ailes. 

Il éventre les maisons en terre crue. 

Il recouvre les cultures rizicoles, de limon, en prévision de jours meilleurs, alors qu'Il me sort par les trous de nez. 

Il y a un fleuve qui rejoindra son lit défait comme mes traits après la bataille. De guerre lasse, des laisses de crue marqueront ma peau de terre crue, derniers liens de l'hymen forcé, quelques temps. 

Nul pirogue à quai pour s’échapper, nul piquet de bois pour s'accrocher. Les unes ont bu la tasse, les autres sont bois flottés. Tous à l'eau pour écoper et larguer les amarres. C'est la fête. 

Nous voguons sur le fleuve qui serpente, au fil des saisons, tantôt vert-de-brun, lent et serein, tantôt marron-rougeâtre, brusque et rapide. 

Et j'agite mon mouchoir sous un soleil narquois, vers les berges repeuplées par la vie, en signe de ce qui n'est, je l'espère, qu'un aurevoir.

 

 

 


 

 

 

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