Consignes d'écriture du 8 novembre : En écho du fleuve ( exposition de Vieux Niang au Lézard)
Déroulé de la séance du 8 novembre
L’écho du fleuve : exposition de Vieux Niang. Accueil des journalistes des DNA
1. Installation dans l’expo : exercice sur le flux de conscience, le courant des mots sans contrôles – qui n’est pas le monologue intérieur mais peut devenir le matériau de ce dernier- à partir des toiles de Vieux Niang et de leur titre.
le courant de conscience, les origines...
Ce terme, probablement inventé vers
1890 par William James le frère de l’écrivain, Henri James
désigne, selon la définition de David Lodge « le flux de pensées
et de sensations à l’intérieur de l’esprit humain. » Ce processus, exploré
en psychologie, est devenu une façon de raconter, un procédé littéraire. ❖ Un processus d’écriture qui entend
restituer le contenu de l’esprit humain sans le conformer aux règles qui
mettent en ordre la parole ou l’écriture.
Le flux de conscience se déploie dans des passages ou des textes entiers sans
respecter les conventions habituelles de l’écriture : ponctuation, séparation
de paragraphes, distinction dialogue/narration.
-Dérivé de l’exercice : se laisser inspirer par le titre de l’oeuvre : texte en réponse à la toile.
Texte de et sur la peinture de Vieux Niang, Conférence par le peintre le 15 novembre à 16h.
Vieux Niang convoque ses souvenirs
d’enfance sur les bords du fleuve Sénégal, où il jouait avec ses copains à
crier le plus fort possible, attendant que l’onde de l’eau renvoie l’écho de
leurs joyeux éclats de voix.
Toute l’histoire de l’humanité résonne pour lui dans cet écho du fleuve, “olel
mayo” en pulaar, la langue parlée aux confins du Sénégal et la Mauritanie. Un
son qui déchire le vide et revient toujours à la source, à l’image de la
destinée humaine. “Nul ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve” :
parvenue du fond des âges, cette métaphore d’Héraclite sur nos existences a
guidé le travail du plasticien, connu pour mêler dans ses œuvres tradition
africaine et influences contemporaines.
Dans un monde en changement, tel un fleuve en perpétuel mouvement, cette
nouvelle série de peintures abstraites empreintes de poésie témoigne une fois
encore de la volonté de Vieux Niang d’explorer les problématiques du monde
contemporain, des déplacements de population aux rapports de l’homme avec les
éléments de la nature et avec l’eau.
Article dans les DNA
On redécouvre le monde de Vieux Niang et le Lézard lui sied si bien. À la surface du fleuve Sénégal qui court jusqu’en Mauritanie, les souvenirs sont remontés, charriant leur lot de « choses réelles ou mystiques ». Mouvements, bruissements, c’est à travers les collages et la peinture, et surtout la couleur qui s’affiche sans édulcorant, que l’artiste Sénégalais les restitue.
Comme les grands peintres, Vieux a ses périodes. « J’utilisais rarement le jaune, ce même jaune qui figure au centre du drapeau du Sénégal. Mais là, j’ai été curieux de voir jusqu’où je pouvais aller avec cette couleur ». Au centre, c’est un peu comme ce qu’il nomme, dans sa langue pulaar, « dinguiral » : « Dans les villages, il s’agit de la place publique, intergénérationnelle où les habitants se rencontrent pour deviser ou faire la fête. Le jaune, c’est un clin d’œil à ces lieux ».
« Comme un intérieur »
Vieux compose ses toiles « comme un intérieur » et les agrémente d’aspérités, de reliefs, d’alvéoles obtenues par l’intégration d’éléments textiles, gilets, chemises ou masques sanitaires pris dans le feu des couleurs. « J’ai fait un bac scientifique et deux ans de sciences naturelles », rappelle-t-il. « J’étais fasciné par les observations au microscope, les cellules et les membranes que je voyais comme des peintures de Kandinsky ».
En domptant les couleurs, Vieux Niang embrase la matière. Ses tableaux, parfois des huis clos sur une série de trois toiles, ravissent, réchauffent, rassurent le contemplateur. De très loin ou de très près. Ils racontent l’humanité dont la poésie navigue de rive en rive. Au gré des courants.
- Dernier exercice dans cette première série : faire un acrostiche avec le nom de Vieux Niang qui rende compte des émotions suscitées par l’exposition.
Acrostiche : Poème ou strophe où les initiales de chaque vers, lues dans le sens vertical, composent un nom ou un mot-clé.
2. Recherche de champs lexicaux sur le fleuve, expressions avec le mot fleuve, symbolique du fleuve. Rapide échange sur ce que cela nous évoque.
Vocabulaire du fleuve
Eau, rives, berges, bords, flots, vagues, estuaire, delta, source, embouchure, affluents, confluents, traverser, pont, bac, pirogue, couler, canal, inondation, débordement, tumulte, rapides,chutes, amont, aval, cours, courant, barrage, naviguer, remonter, digue, débit, alluvion, barque, chenal, mascaret, étiage, lit, nager, crue, décrue, barge, arroser, charrier, clapotis, mascaret
Tumultueux, calme, boueux, bourbeux, dévastateur, glauque, limoneux, nourricier, navigable, fluvial, sinueux, impétueux, douce, étale
Péniches, canoës, pontons, pêcheurs, écluses
Cours d'eau perçu comme plus important qu'une rivière, en raison de son débit, de sa longueur ou du nombre de ses affluents, et qui se jette généralement dans la mer ou dans l'océan;techn.tout cours d'eau se jetant dans la mer ou dans l'océan.
Ce qui coule, s'épanche en abondance.
fig.Ce qui suit un cours régulier, paisible.
roman-fleuve, discours fleuve, se déverser dans le fleuve
la vie n’est pas un fleuve tranquille
on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve.
On dit d'un fleuve emportant tout qu'il est violent, mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l'enserrent.
Bertolt Brecht
3. Sur la violence
4.
5. On dit d'un fleuve emportant tout qu'il est violent
6. Mais on ne dit jamais rien de la violence
7. Des rives qui l'enserrent
8.
9. On dit que le vent qui courbe les bouleaux est violent.
10. Mais qu'en est-il de la tempête qui courbe les hommes
11. qui travaillent dans les rue
Consigne d’écriture à partir du poème de Jeanne Benameur :
Il y a un fleuve.. .Jeanne Benameur
L’homme a détourné son regard.
Depuis quand a-t-il commencé à marcher à partir
De la mare d’eau de boue, de la naissance du fleuve ?
Il a posé son regard sur l’horizon comme s’il y avait
Eu la mer. Pourtant il n’y avait que la terre.
Dure. Sèche.
Et quelques pierres.
Il a posé son regard plus loin encore.
Pour aller.
L’avant, c’était son regard qui se posait et du point
Qu’il avait créé avec l’horizon, l’homme avançait.
Retourner sur ses pas, c’était retourner le souffle
A l’intérieur de la poitrine.
Le fleuve coulait. Auprès des jambes de l’homme
Qui croisait la terre.
L’aridité du sol collée à la plante de ses pieds,
L’aridité pouvait monter, sécher son sang dans
Ses veines.
Il a tenu le fleuve dans son regard. Pour le sang.
(…)
On s’embarque
Il y aurait l’horizon
Il y aurait un grand vent qui soufflerait
Et des rires
Et des voiles
On s’étire
On se gonfle
Ça claque
Ça appelle
Mais c’est à l’intérieur des terres qu’on s’engouffre
Tout ce vent
Pour cingler
Derrière soi.
On fuit
La mer ouverte
Il n’y a pas d’horizon
On choisit
Le point qui s’allonge
C’est un fleuve
Qui a choisi ?
Le navire fait route
Et les voiles peuvent glisser le long du mât.
On est entre deux berges.
C’est la lente paresse des fleuves qu’on remonte
Jusqu’à leur source
Commencez par la phrase présentative : Il y a un fleuve…
3. Scènes sur un fleuve : Exemples de trois textes
Extrait de Roman Fleuve de Philibert Humm
Un premier coup de rame, un second. Rapidement nos gestes se coordonnèrent. Le canot s’engageait dans les passes sans écueil ni charme de Billancourt, frayait en silence et surface, longeait Sèvres et sa manufacture puis passait l’aqueduc de l’Avre. A ma grande satisfaction, Bateau semblait décidé à flotter. L’assiette, qui concerne l’équilibre transversal d‘ une embarcation, était bonne en dépit de notre surcharge pondérale, Waquet pour ne pas la nommer. Ce dernier, croyant détendre l’atmosphère, entreprit d’entonner le Kyrie Eleison sur l’air d’ « il est cocu le chef de gare ».
- Moins fort, lui enjoignit Adrian, nous allons être repérés.
Disons-le tout net, s’il n’est pas formellement interdit de descendre la Seine à la rame sur un canot à voile cela n’est pas très autorisé non plus. On voit des canotiers sur la marne, la Loire ou les lacs du bois de Boulogne, mais plus rarement sur les eaux de la Seine. Cela s’explique aisément. Parce que la Seine est sale, d’abord, et pâtit d’une exécrable réputation. Parce que la Seine est industrieuse ensuite, et qu’il y défile en tous sens des péniches et des bateaux-mouches qui ne s’embarrassent pas de ralentir à votre hauteur. En d’autres termes, la Seine n’est pas prévue à cet effet. Mais n’est-ce pas cela l’aventure : quitter les rails et mordre la ligne blanche, sauter les barrières, voyager où l’on ne voyage pas ? Réponse : oui.
Du reste, nous approchions déjà l’écluse de Suresnes, où se repêchent habituellement les noyés, en particulier en juin et en septembre qui sont les mois de prédilection des suicidés. Plus loin, les tours du quartier de la Défense miroitaient dans le levant.
Au fond de la Seine, il ya de l’or,
Des bateaux rouillés, des bijoux, des armes…
Au fond de la Seine, il ya des morts…
Au fond de la Seine, il ya des larmes…
C’était la première aube, d’une beauté saisissante. Les reflets irisés de la tour Areva, le chatoiement de la tour Initiale (ex-tour Nobel), la rosée d’aurore au somment de la tour Gan Eurocourtage…Il suffit de peu de choses, d’un seul rayon parfois, pour enluminer un paysage et dorer à la feuille le plus hideux panorama.
Scènes de fleuves
Extrait de Nadie nada nunca de Juan José Saer
Il n’y a, au début, rien. Rien. La rivière lisse, dorée, sans une seule ride, et derrière, en plein soleil, basse, poussiéreuse, descendant en pente douce vers l’eau qui ronge sa rive, l’île. Puis en me penchant à la fenêtre, tout en fumant, je vois au milieu de la rivière, et venant en direction de la maison, le Bancal, perché sur le cheval bai, sa tête enfoncée entre ses épaules déjetées. Le jet de fumée que je laisse échapper se dissout lentement, interposant entre le fleuve ensoleillé et moi, entre le cavalier qui avance, laissant derrière lui le milieu du fleuve, et la fenêtre protégée par l’ombre, une brume grisâtre, très mince, qui n’en finit pas de se disperser. Le cheval sort de l’eau, traverse la plage désertée, ses pattes fines prises à son ombre, et, après avoir traversé l(étendue d’herbe jaune et clairsemée qui sépare la maison de la plage, il s’arrête à trois ou quatre mètres de la fenêtre…(…)
Une trentaine de baigneurs, dispersés sur la plage et dans l’eau, emplit de cris et de voix l’air calciné. Ils demeurent immobiles ou s’agitent, ou marchent, dans la lumière déclinante. Ceux qui sont dans le fleuve, font résonner, avec leurs brasses et battements de pieds qui forment, à la surface, de blancs tumultes, l’étendue de l’eau. Les corps strient de leurs allées et venues l’espace qui s’ouvre entre la maison et l’île. Le fleuve, légèrement violet, coule entre le sable jaune et vert, à présent déteint, de l’île. Tous les baigneurs restent à proximité de cette rive. L’un d’eux, cependant, qui s’est aventuré vers l’autre bord et qui s’est déplacé sous l’eau, émerge, brusque, près de l’île…
Extrait de L’Amant de Marguerite Duras
« Autour du bac, le fleuve, il est à ras bord, ses eaux en marche traversent les eaux stagnantes des rizières, elles ne se mélangent pas. Il a ramassé tout ce qu’il a rencontré depuis le Tonlésap, la forêt cambodgienne. Il emmène tout ce qui vient, des paillotes, des forêts, des incendies éteints, des oiseaux morts, des chiens morts, des tigres, des buffles, noyés, des hommes noyés, des leurres, des îles de jacinthes d’eau agglutinées, tout va vers le Pacifique, rien n’a le temps de couler, tout est emporté par la tempête profonde et vertigineuse du courant intérieur, tout reste en suspens à la surface de la force du fleuve. »
Voyez ce bac, écrit-elle, avec à son bord un bus, des camions à la gueule cabossée qui les fait ressembler à des bouledogues, des enfants qui vendent des tickets de loterie, des motocyclettes pétaradantes conduites par des cavalières au visage protégé par des mouchoirs. Tout vrombit, tout frémit sur le Mékong ! »
C’est donc pendant la traversée d’un bras du Mékong sur le bac qui est entre Vinh Long et Sadec dans la grande plaine de boue et de riz du sud de la Cochinchine, celle des oiseaux. Je descends du car ; je vais au bastingage. Je regarde le fleuve. Ma mère me dit quelquefois que jamais, de ma vie entière, je ne reverrai des fleuves aussi beaux que ceux-là, aussi grands, aussi sauvages, le Mékong et ses bras qui descendent vers les océans, ces territoires d’eau qui vont aller disparaître dans les cavités des océans. »
Consigne : rédigez une scène de roman qui se passerait sur un fleuve ou sur ses bords.
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