Texte écrit à partir du roman d'Hemley Boum Les Jours viennent et passent ( Séance du 4 octobre)

 

Séance du 4 octobre

Imaginer le rapport à la lecture, à la 1ère ou 3e personne : livres, moments, espaces.

 

Colette

 

La lecture a débuté avec un livre aux quelques illustrations en deux couleurs, un rouge orangé et un vert kaki délavé qui donnaient quelque consistance aux deux personnages, Rémi et Colette. Est-ce que ce nom, le mien, m’a donné envie de lire ? Le goût des lettres, des syllabes, tout ce petit matériel qui apportait des mots nouveaux me faisaient pénétrer dans un monde si différent du mien.

J’ai assouvi ma curiosité avec d’étranges livres glanés au hasard, hors de la culture littéraire classique. « Le Robinson Suisse » m’a rempli de longs moments de vacances chez mes grands-parents lorrains. Ce livre illustré de gravures, pleines de nature et de faune étonnante, me parlait d’une famille active et aimante, dont la morale protestante ne me frappa pas particulièrement à l’âge de 10 ans. Je jouissais, par procuration, de la liberté de vivre dans ce monde.

La réserve familiale de livres était faite des prix reçus par mon père parisien. Ils étaient assez nombreux, et peu attirants. Destinés à former les écoliers à une morale où le sens de l’honneur, du devoir, dans un esprit du début de XXe siècle conservateur, ils étaient écrits dans une langue qui me paraissait étrangère. Je ne m’attardais pas à ces livres alignés sur la petite bibliothèque, car, heureusement, j’eu la chance de pouvoir m’approvisionner à la bibliothèque du quartier. Un puits sans fond qui me ravissait.

Il y avait aussi les cadeaux, dont un « Moby Dick » de Hermann Melville. Je n’ai jamais pu entrer dans ce monde sans en trouver la raison. Parce que la donatrice, ma marraine parisienne aux prescriptions rigides, ne pouvait m’y intéresser ? Parce que ce livre semblait destiné aux garçons ? Cette antipathie pour l’histoire de la baleine dure toujours et m’intrigue encore. Car Hermann Melville a aussi écrit Bartleby qui m’a fasciné par la concision de l’histoire d’un refus menant à l’abîme. Le lire en anglais, une langue dense, plus proche des choses, a soulevé une inquiétude sur un possible destin tout aussi humain qu’un autre.

 

Les romains ont nourri ma jeunesse, mon adolescence, dans le plus grand désordre. Désormais, les recommandations des critiques, des amis, font mes lectures. Il y a aussi les voyages et mes liens personnels. L’autrice coréenne Han Kang me paraît si dure à comprendre que je n’ai pas encore fini un recueil de nouvelles depuis deux ans. Mais j’en ai trois devant moi, traduits en français, pour déchiffrer son univers.

 

Valérie

 

Classe de CP. Fin des années 70.

Il n’aimait pas lire. Elle non plus.

Elle était un peu plus intelligente et cultivée que lui, mais pourtant, elle n’aimait pas lire.

Et pour rester auprès de lui en classe, elle ne lisait pas ou peu.

 

Même lors des examens des fiches de lecture, elle faisait exprès de cocher n’importe quoi  comme réponses pour rester avec lui au niveau des fiches roses ; fiches roses qui sont pour les débutants en lecture… alors qu’elle aurait pu allégrement, juste en se forçant un peu, atteindre le niveau des fiches noires.

Mais, elle voulait rester  dans les fiches roses avec lui. C’était plus important.

 

Ce fut de même lorsqu’il fallait aller à la bibliothèque. Eh oui, on nous obligeait d’emprunter des livres  à la bibliothèque, bien que nous n’ayons ni l’un ni l’autre envie.

Alors, pour rester ensemble, on prenait chacun un livre, notions la date de l’emprunt, la date de retour. Et pour dire à l’instituteur qu’on avait lu le livre, on lisait simplement la 1ère de et la dernière phrase. Ca suffisait.

 

L’aventure pour nous n’était pas dans les livres. Elle était dans la vie. Dehors. A faire du vélo, à se voir, à discuter, à imaginer, se projeter, à s’émerveiller, à rire, à chanter, à faire du air guitare ou cuisiner.

Avec du recul, elle ne regrette rien. La lecture est juste un moyen de voyager, de se cultiver, mais pas le seul.

Christine

Cela commence sous les draps avec une lampe de poche. Les parents sont sortis. Je savoure un interdit, l’oreille aux aguets. Il faut lire vite. On ne sait jamais quand cela s’arrête. Les pas dans l’escalier. Le chapitre inachevé. Frustration.

Ou encore, la voix de ma mère : « A table ! » alors que je suis au milieu des aventures de Fantômette et que je ne peux pas, non vraiment pas la laisser en plan et fermer le livre. Frustration encore.

A croire que la lecture ne pouvait se faire qu’à l’arraché, en des instants volés. Volés à quoi ? Aux tâches quotidiennes, aux interminables repas de famille, aux devoirs, à toutes ces choses tellement insignifiantes en regard du plaisir ressenti à chaque page tournée de n’importe quel livre.

Je lis tout ce qui passe entre mes mains et je pioche allègrement dans la pauvre bibliothèque de mes parents non-lecteurs qui, un jour, j’ignore encore pourquoi, avaient décidé de souscrire à un abonnement du readers digest. Je revois les dos bien rangés, marron avec les titres en doré. Je les lis tous, faute de trouver mieux. Il y a aussi les BD de mes frères, la bibliothèque rouge et or, la Comtesse de Ségur, le club des cinq

Plus tard ce sera la bibliothèque municipale où je perds pied devant les rayonnages. Tant de livres ! Par où commencer, comment choisir LE bon livre ? Une soif inextinguible me saisit et ne me lâchera plus.

Passer devant une librairie sans y entrer ? Impossible ! En sortir les mains vides ? Inimaginable !Vivre sans lire ? une étrangeté incompréhensible.

Je voyage parmi les romans puis la poésie et les classiques imposés par l’école. La langue de Molière, les descriptions interminables de Balzac. Les livres qu’il faut lire, comprendre et commenter alors que mon seul désir est d’y trouver du plaisir, de l’étonnement, un dépaysement, une autre vie bien plus exaltante que la mienne.

Quand l’âge adulte arrive et que je suis totalement libre de mes choix, je m’endors le soir sur le livre, écrasée de fatigue.

La fringale s’étiole. Mon rythme ralentit sans pourtant s’arrêter. Je n’ai plus le temps. Plus de lampe de poche sous la couette mais plutôt le livre qui me tombe des mains, me fait sursauter. Allez ! je finis ce chapitre. Les lettres dansent devant mes yeux. Le livre tombe à nouveau. Je finirai ce chapitre demain, ou après-demain.

 

                                                               Sébastien

Moi Giovanni Pastore adore les chiffres

Me souviens de chaque nombre que mon oreille entend

Dans ce grand navire qui ne pouvait couler

Nettoie et compte une à une les cuillères

Petites ou grandes les laver et compter

Pour franchir l’Océan

Gagner à exister et gagner monnaie la compter

Nous autres de l’entrepont lire on n’a pas le temps

Il a fallu bateau sombrer

Pour trouver goût et temps d’écrire et lire

Avant toujours réticent lire une perte de temps

Lire pour s’informer du score des hommes à la balle sur rectangle

Lire par devoir et apprendre ses leçons

Lire pour être là où on m’attend

L’insubmersible coule déjouant les calculs

Adieu les chiffres chus de leur piédestal

D’abord un cadeau une offrande adressée

Une voix vivante passionnée condition nécessaire d’un désir capricieux

Désormais quand vient le soir délivré du temps le livre m’attend

Le Jeu de lire rythme mon élan en deviendrais omniscient

Le passé du futur au présent chaque mot me nourrissant

 

MOI, ET LA LECTURE


Témoignage de Joëlle KUGLER


’ai toujours aimé lire. La lecture rime avec évasion, découverte, l’acquisition de connaissances,

identification dans un personnage, le vécu de vies, l’histoire, des histoires. La lecture, c’est un meuble

de la vie.

J’étais passionnée de lecture dès mon plus jeune âge.

Avec mon argent de poche, j’avais mes collections préférées, ceux de la bibliothèque verte, rouge et or.

Dans mon livre planqué sous mes cahiers d’écolière, de jeune collégienne, ce sont les enquêtes de la

détective Alice et des sœurs Parker qui me nourrissaient. Pour éviter les corvées familiales, j’invoquais

d’importants devoirs scolaires qui dissimulaient les plongeons dans l’univers du polar.

En vacances régulièrement chez ma grand-mère, de l’âge de 9 à 15 ans, combien de fois ai-je lu cet

album unique issue de la série des « Bicot » ? C’était le seul livre rescapé de la deuxième guerre

mondiale dans cette grande maison familiale à Ostheim. Il faisait partie d’une série de bandes

dessinées humoristiques, la version européenne de Winnie Winkle créée par l'Américain Martin Branner

dont les planches du dimanche sont traduites en français à partir de 1924. La série dépeint la vie

de Bicot Bicotin, jeune garçon dans les années 1930 adopté par une famille de la classe moyenne,

habitant une banlieue pavillonnaire, qui fait les 400 coups avec les gamins du quartier. Je me délectais

littéralement dans ces aventures tellement drôles et si joliment illustrées.

Autre lecture, en l’absence de vrais livres, le journal « l’Aurore » auquel était d’abord abonné un grand-

oncle parisien qui habitait le rez-de-chaussée de la maison. Et des livrets de BD de petit format

originaires des années 60 comme les histoires de « Kiwi », « Blek le Roc », un trappeur géant et

athlétique américain d'origine bretonne qui participe à la guerre d'indépendance américaine contre les

troupes anglaises (surnommées les « homards rouges ») ou encore d’« Akim », le clone de Tarzan que

j’allais acheter chaque semaine seule ou avec ma grand-mère pour mon jeune oncle chez le marchand

de journaux-débit de tabac du village. Pas vraiment une lecture de jeune-fille, mais je lisais tout ce qui

me passait devant les yeux.

Je me souviens du bonheur d’aller chez des copines qui avaient des bibliothèques parfois

impressionnantes de beaux albums deTintin, Mickey, Bibi Fricotin, Bécassine, que je dévorais. Lectures

faciles mais pleines d’humour, de dessins, de couleurs, de personnages mythiques.

Lectures plus sérieuses, j’aimais la série des Heidi, les histoires d’héroïnes et des livres qui mettaient

en scène des personnages évoluant dans diverses couches de la société, comme les romans de

Charles Dickens. J’ai toujours eu une prédilection pour les histoires vécues, les biographies ou les

romans inspirés de personnages qui ont existé, ou de thèmes de la vie, les sagas familiales. Je me

souviens vient d’un livre que j’ai reçu d’une tante pour mes 9 ans, que j’ai gardé précieusement, qui raconte

l’histoire d’une enfant sourde et muette.

Je lis toujours beaucoup, j’aime toujours découvrir et rentrer dans la vie de personnages remarquables.

Je n’ai jamais vraiment été attirée par la poésie et les pièces de théâtre, par Racine, Molière et les

autres qui m’ennuyaient. J’ai d’ailleurs eu plus de goût par les biographies de ces auteurs. C’est

maintenant que je découvre les subtilités de ces personnages de théâtre, notamment lors d’un récent

travail d’art plastique.

Si je tombe sur une lecture ardue, je me force à la lire, quitte à ne lire que quelques pages chaque soir.

Certains livres d’ailleurs ne peuvent s’apprécier que  lentement, comme « Les yeux de Mona » que je suis en

train de lire.

C’est le soir en général, dans mon lit, que je me plonge dans la lecture, surtout d’auteurs qui me détendent et me passionnent. J’aime l’écriture dynamique et prenante de Valérie Perrin, Cathy Bonidan, David Foekinos, Raphaëlle Giordano, Michel Bussi. Les romans dans la France rurale profonde de Christian Signol ont été mes premières lectures passionnées. Je m’aperçois que je m’éloigne à présent des romans de Françoise Bourdin que j’ai aimés mais qui ne m’accrochent plus vraiment, qui ne correspondent plus aux critères et valeurs actuels de la vie.

Je suis toujours abonnée au journal papier des DNA, j’aime lire les livres d’art, la biographie des artistes et bien sûr je lis aussi beaucoup d’articles sur l’actualité du monde, parfois scientifiques, sur Internet.

La lecture fait partie de ma vie, elle ne la meuble pas seulement, elle l’alimente et l’enrichit

 

Alexandra Merent

je me souviens de mes premiers mots déchiffrés

la symbiose des lettres « t » et « a » formant le mot « ta »

« p » « a » « p » « a » le mot papa

j’empruntais les lunettes de mon père pour lire comme une adulte

mais qu’est-ce qu’il s’énervait lorsque je n’arrivais pas à former les mots

et puis il y avait les histoires qu’il nous lisait à mon frère et moi

les contes d’il était une fois on connaît nos classiques

sur les pas de « Peter Pan » je m’envolais moi aussi au doux Pays des Rêves

la Bibliothèque Rose

Enid Blyton « Oui-Oui et la gomme magique » « Oui-Oui et la voiture jaune »

Georges Chaulet « Fantômette »

la Bibliothèque Verte

encore Enid Blyton « Le Club des cinq »

ça y est je me vois écrivain

ou

détective

viennent ensuite les Beaux-Livres offerts par les grands-parents paternels

Jules Verne « 20 000 lieux sous les mers » « Le tour du monde en 80 jours »

les lectures de vacances chez ma grand-mère maternelle

« Le perroquet qui en savait trop » l’encyclopédie rouge « Tout l’univers » en mille volumes...

le Reader Digest

je découvrais je m’instruisais je lisais

avec mes propres lunettes cette fois

j’appréciais aussi les ouvrages de la Bibliothèque Municipale

les bd surtout

« Tim & Anthime » « Les Tuniques Bleues » « Achille Talon » « Les aventures de Blake et Mortimer » « Spirou & Fantasio »…

les livres sont mes amis je vis en autarcie

adolescente je commençais à farfouiller dans la bibliothèque en bois de la maison

les livres de mon père les collections des « Grands romans historiques »

« Guerre et paix » « Salambô »

les classiques et puis les livres un peu cachés

je consacrais tout mon temps libre à cette quête

je pénétrais dans des univers divers et variés où me menaient également le cinéma et la musique

autres passerelles qui me captivaient tout autant

à force de lire à force de regarder à force d’écouter

il me fallait me nourrir de thématiques nouvelles

je choisissais les livres comme d’autres des chocolats ou des bonbons

attentive à la couverture tel l’emballage soyeux brillant des friandises

curieuse de saveurs encore jamais goûtées

ainsi

en cherchant l’assassin avec Agatha Christie je lançais les dés pour me rendre à la page 47 d’un livre-jeux

et découvrais la « Série Noire »

je n’irai pas en première littéraire

aurai tout juste la moyenne au bac français

serai émue en lisant Duras avec si peu de mots

en aurai froid dans le dos avec les histoires qu’Alfred Hitchcock présente

lirai après avoir vu les films « Dracula » « Frankenstein »

lirai après écouté Kate Bush « Les Hauts de Hurlevent »

je bifurquerai vers l’underground le transgressif le mauvais genre

délaissant le Philip Marlowe de Raymond Chandler incarné par un Humphrey Bogart « impeccable »

pour Marc Behm et ses démons aux yeux violets qui me fait découvrir Shakespeare

je filais « Sur la route » avec Jack Kerouac et William Burroughs en dévorant une granny smith

guidée par les voix de Patti Smith The Doors & Bob Dylan

tout existe

tout est possible

rien n’est lisse

elles piquent les épines des « Fleurs du Mal »

Sylvia Plath Emilie Dickinson…

spleen

je gribouillais et raturais sur des cahiers

lisais et relisais des pages blanches aux mots dactylographiés

souhaitant lire écrire et oser dire quelques choses

de la littérature classique

de la littérature bizarre

de la littérature d’enfance

de la lie et ratures sur cette page sans cesse retravaillée

moi toute seule devant mon PC

je relis

le « Poing mort » de Nina Bouraoui en poche

je ris avec Amélie Nothomb et « Alice aux pays des Merveilles »

finalement je travaillerai dans le social

et me rapprocherai de ma mère en découvrant les auteurs de la négritude

Francine 

Rapport à la lecture

 Il y eu d’abord l’abonnement familial au « rider digest » comme on disait à la maison, des condensés, des extraits, des frustration mais il se passait quelque chose dans ces feuilles de papier reliées avec quelques images et des dorures. 

 Et puis le Franc d’argent de poche hebdomadaire, en 3 ou 4 semaines permettait le choix d’un livre de poche, un seul qui devait tenir à nouveau ce temps et je passais une après midi entière dans la petite librairie de ma ville à trouver le bon, ça ne marchait pas toujours 

 Vers 12 ans une bibliothèque est arrivée à la maison. C’est-à-dire un meuble trônant au salon et qu’il a fallu remplir et pas n’importe comment ! en accord avec la déco, donc des livres rouges, blanc crème, noir, un peu d’or aussi « ça fait chic ». Arrivèrent donc l’intégrale d’Alexandre Dumas en simili cuir rouge, Corneille, Racine, Molière en crème et or mais le papier était mauvais, Balzac était bleu de prusse, Cervantes vert bouteille, Victor Hugo aubergine. Je ne pense pas en avoir lu un seul. 

Ce qui me passionnait c’était l’encyclopédie Larousse en noir anthracite, papier mat très tactile, son odeur d’encre fraiche et tout ce qu’il y avait à l’intérieur. J’ai lu en détail les A, les Z , les M et les I, et les autres, plus de 20 volumes 

 Un jour des amis à mes parents en visite chez nous me trouvent couchée sur le tapis le nez dans un Larousse et me demandent « et toi que veux tu faire plus tard ? », je réponds sans hésiter « humaniste », je devais être dans le H, ils n’ont pas insisté. J’aime encore les livres qui sentent bon, qui sont beaux et dont le papier est choisi. A mon chevet il y a une valise en cuir vintage, qui n’est absolument pas pratique pour voyager mais qui contient les livres à emporter d’urgence s’il fallait partir sur une île déserte. Je l’ouvre tous les 10 ou 15 ans, je renouvelle un peu, et je me dis qu’à l’avenir l’île sera peut être mon lit, mais il faut être prête à toute éventualité.

 

 


 

 

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