Textes écrits: Lettre de l'ado à son moi adulte

 La consigne a parfois été un peu détournée, mais les textes existent.

 Proposition de Sébastien

Paris, le 14 octobre 2000

A mon Autre de l’au-delà,

A celui, le seul, dont je peux parler de la part qui ne se dit pas,

Tu le sais ici et maintenant, je ne peux tout dire, puisqu’il faut paraître. Vivant, rieur, enjoué, aimé de maman et Babou, ma sœur partenaire de gémellité, il faut bien faire tenir cette famille et son mythe ; les oppresseurs sont ailleurs, loin, inscrits dans un passé où nous avons dû lutter, à l’ère où le tyran, aux traits de notre Peuple s’en prenait.

Quand tu trouveras ma lettre, l’auras-tu oublié ? Le mi-dire de la Vérité sera-t-il effacé ? Oseras-tu ignorer, le fascisme non-dit transmis par les coups d’un père, aux yeux des autres si discrets ? Sauras-tu faire autrement ?

Je voudrais te rappeler ce qu’en ce matin d’automne où je t’écris, cache mes élans de vie assourdissants : jouer toujours plus loin, quêter désespérément en l’Autre une autre réaction, celle d’un point d’arrêt à cette répétition où « ça déraille par la dérouille ».

Sauras-tu trouver une heureuse issue dans l’amour ? Je te vois attendre le regard d’une femme, suffisamment forte pour tempérer ce mauvais sort, sublimer en lumière les tréfonds hérités.

Sauras-tu devenir père sans trop d’impairs ? Je te vois balbutier au bord du gouffre, en plaisanter. La blague, encore pour te cacher, et tenter de te sauver des fantômes du passé.

A l’aube de mes 18 ans, je vis, je ris, je cours, je flirte. Maman m’a offert ma première voiture, et avec elle, de nouvelles limites à franchir. Pourquoi ? Peut-être pour vivre plus vite, jusqu’à toi.

Vincent 

Proposition de Mario

Lettre à mon moi futur

 

Lycée technique, Colmar, 3 juin 1993

 

Voilà, on y est ! Dans une heure, je passe l'oral de français, et je crois que c'est le moment idéal pour écrire une lettre. Je te l'adresse à toi, mon moi du futur, mon devenir. Tu verras, cette lettre n'est pas sans arrière-pensée.

 

Tu dois déjà être en train de juger mon style. Allez, j'imagine que tu reliras ceci après ta cinquième ou sixième publication. Toujours de la SF et du fantastique ? Ca se vend mieux dans l'avenir ? J'espère pour toi ! Alors voilà, tu es donc à ce moment riche, connu, respecté. Et j'espère que tu as des relations !

 

Et moi qui suis en train de tout foirer !

 

À moins que tu t'en serves plus tard, genre dans une interview chez Gildas : "mais vous savez, j'ai raté mon bac de français". Et Philippe — car ce sera devenu un ami, non ? — qui rira en pensant aux gens du prix Hugo (ou alors du Goncourt si tu as trahi nos goûts ?)... S'ils savaient !

 

Et puis, tu reprendras ta voiture volante pour rentrer chez toi, car nous serons alors en 2020 et c'est bien la moindre des choses ! Eh bien, mon salaud, t'auras la belle vie, quand moi, j'essaie désespérément de retrouver dans mon tas de feuilles volantes des notes que je sais très bien ne pas avoir. Ou les photocopies des notes des copains, que j'aurais pu faire avant, mais tu sais ce que c'est : on n'a jamais le temps ! Toutes ces heures de français à griffonner des scénarios et des bouts de textes au lieu d'écouter la prof nous expliquer Rousseau, Molière, Maupassant, Baudelaire... Oh ! La barbe ! Ils ont écrit, faut laisser la place, maintenant !!

 

Bref, j'en suis là, à attendre la sentence. Tout à l'heure, il y aura tirage au sort. Et si ça tombe sur Rabelais, le seul texte où j'ai pris des notes sérieuses, tout au début de l'année, quand les résolutions étaient encore bonnes... Eh bien alors, nous serions sauvés.

 

Alors, j'ai une idée. Tu sais, tous ces carnets et les notes de cours dans les marges desquels nous ébauchions, toi et moi, toutes ces histoires de voyages dans le temps, de boucles temporelles, d'univers parallèle ? J'y glisserai cette lettre, ni vu ni connu.

 

Et toi qui auras continué à suivre les évolutions de la physique ; toi qui maîtriseras la théorie des cordes, des univers à 13 dimensions, des spins et contre-spins, des gluons et des muons, tu sauras devenir ami avec les expérimentateurs de l'impossible, ceux qui, d'un geste de la main, tel l'effet papillon, pourront provoquer des remous dans les ères passées — mais version chirurgicale, précise, subtile, discrète...

 

Eh bien, tu pourrais alors glisser un petit paradoxe. Changer les petits papiers dans le chapeau de l'aléatoire. Ne pas tricher avec le bac, juste avec l'histoire.

 

Les maths et le reste, c'est simple ! Mais le français, j'ai rien écouté, alors ça aiderait.

 

Ça nous aiderait.

 

Et puis, tu vois, ça te donnera une histoire de plus à écrire. Rien de transcendant, mais une nouvelle que tu peux glisser généreusement dans une anthologie, genre "pour l'Éthiopie"... On doit t'en demander souvent !

 

On est ensemble dans cette galère,

 

Signé : moi, toi, quelque part vers le début.

 

Proposition de Joelle

Ribeauvillé, 26 avril 1972

16 ans.

A celle que je suis devenue, à celle que je serai.

Mes beaux rêves sont fondus, envolés, sabordés. Pourquoi, par qui ? Ma mère...

Mon père n’a pas d’ambition pour moi ou du moins il ne m’en a jamais parlé et je ne peux jamais parler d’avenir avec lui. Mais ma mère avec ses angoisses, son égoïsme, n’a pas pensé à ma passion, la danse. Je ne vivais  que pour elle, pour moi, pour transmettre mes émotions aux autres et la porte du Conservatoire m’était ouverte ! Vite refermée à mes 14 ans par l’autorité maternelle qui voulait  m’enterrer dans mon foyer.

Je lui en veux  à ma mère. J’étais si heureuse d’avoir été choisie pour intégrer cette école et mon cœur est toujours lourd.

J’ai lutté avec ma mère pour ne pas aller au lycée dans ma ville et ai réussi à fréquenter celui de Colmar dans une classe où en plus du français, je fais de l’allemand, de l’anglais et de l’espagnol, sans vraiment savoir ce que je veux faire plus tard…

Au moins je suis un peu libérée du poids de la famille, je suis demie-pensionnaire et je dîne et dors chez ma douce grand-mère à Ostheim en semaine. Je ne rentre que le week-end chez mes parents à Ribeauvillé, où il y a aussi mon frère et mes deux sœurs. Je suis l’aînée.

Tu sais par quoi je suis passée.Je ne suis pas bien dans ma peau, mes parents se disputent souvent, mon père crie, me stresse énormément, ne supporte pas le bruit mais il en fait lui, du bruit.. Je me réfugie dans ma chambre ou je vais chez mes voisins, ou dans une famille espagnole pour perfectionner ma troisième langue étrangère, ou encore chez ma meilleure copine de l’école primaire et du collège qui elle, est au lycée à Ribeauvillé.

Je n’ai pas le droit de sortir après 22h, pas comme mes copines …J’ai l’impression d’être vieille.

J’aime dessiner, lire, voyager, je suis curieuse de tout, j’ai toujours envie d’apprendre mais parfois des profs m’enlèvent complètement mes motivations, et ça me rend triste, ça me déprime. Au collège j’adorais le dessin, au lycée, c’est plus du tout pareil. J’adorais le latin au collège de Ribeauvillé sauf en troisième où j’ai changé de prof. Depuis je n’en fais plus. J’adore l’anglais, ma prof est formidable, celle d’espagnol aussi….

Plusieurs décennies plus tard, que suis-je devenue ? Toi, tu sais….

A 16 ans, je ne peux pas me projeter mais je sais ce que je ne veux pas. Je veux, transmettre mes passions, être reconnue, encouragée, aimée et aimer.

C’est toi, moi, plusieurs décennies plus tard, qui pourras bien parler de moi, de ma vie. 

Proposition de Solange

Lyon le 1er octobre 1972

Si jamais tu trouves cette lettre, ça te rappellera peut-être quelques souvenirs.

Les années qui nous séparent ont sans doute apaisé ton esprit revendicatif, voire de rébellion.

A l’heure où je t’écris, j’ai 15 ans, je suis en 1ère dans ce lycée de jeunes filles, où je suis interne.

Ce statut d’interne, qui interdit toute sortie, me fait passer de longues heures en salle d’études, surtout le soir après les cours.

Et, cette année, grande nouveauté, après avoir passé toutes ces heures, depuis tant d’années, en études surveillées, nous sommes le soir en études dites libres, juste une dizaine dans une salle de classe.

Nous sommes entre filles, et nous expérimentons cette liberté tombée du ciel. Alors au lieu et de faire les devoirs, comme à notre habitude des années antérieures, nous jouons aux cartes, nous nous maquillons, prêtes à tout cacher lorsqu’une pionne ouvrira la porte.

L’une se dévoue à tour de rôle pour faire les devoirs pour toutes.

20 ans plus tard, tu regrettes sans doute cette façon que tu avais d’occuper le temps, avec la baisse des résultats scolaires qui s’en est suivie.

Mais c’est une rébellion contre le système qu’on nous a imposé, qui nous a retenues prisonnières plusieurs années.

Je n’ai pas le droit de sortir, alors je reste en pantoufles, je m’habille n’importe comment, et je me camoufle sous une blouse grise qui a appartenu à mon frère ; je ne me coiffe même plus.

J’imagine que tu as fait des études, que tu as pensé à tout ce que tu aurais pu tirer des livres à disposition durant ces heures après les cours que tu as gâchées en futilités. Tu as sûrement ressenti des lacunes en histoire, en sciences, dans ce que tu aurais dû apprendre au lieu de considérer ces matières comme inutiles.

Qu’es-tu devenue ? Professeur de mathématiques peut-être ? C’est ce qui t’était destiné, mais as-tu réussi les concours ?

A 15 ans, je ne veux pas entrer dans le système, comme je le dis. Je ne veux pas penser aux choses matérielles ; je suis enfermée dans un lycée, et ma seule liberté, ce sont ces heures d’études libres, bien cadrées, où je ne fais pas ce que je devrais faire. C’est ma façon de réagir à ce règlement, de m’affirmer, de développer ma personnalité.

Je pense que la vie t’a appris qu’il y avait d’autres voies pour exister.

Dans cet internat, nous avons quelques heures de semi-liberté le mercredi après-midi, tu t’en souviens ? A 14h, nous sortons, par groupes de 4 ou 5 filles, avec la consigne de rester en groupe, et d’aller visiter un musée ou une exposition. Aussitôt dehors, celle qui est désignée va au musée, et les autres vont en ville, et s’achètent des babioles, des chaussettes ou du mascara.

Lorsque c’est mon tour d’aller au musée, je visite quelques salles, dans le seul but de prendre des notes pour le compte-rendu à rédiger en rentrant.

Sans doute penses-tu quelquefois à ces opportunités que tu n’as pas su saisir ? Il y a tellement de lieux plus intéressants à Lyon que les Galeries Lafayette ! Mais, à 15 ans, je préfère les Galeries Lafayette, et je ne retiens absolument rien de ces quelques visites dans des musées.

Ce serait trop beau que tu puisses me dire ce qui t’a manqué dans ta vie de jeune femme. Tu aurais pu briller de tout ce que tu aurais lu et vu durant ces années où tu avais tellement de temps.

Alors qu’une fois dans la vie active, avec sans doute un travail à responsabilités et des enfants, tu as couru après le temps. Peut-être la vie aurait-elle été plus palpitante ?

Proposition d'Alexandra Morardet 

Le 11 juillet 1994,

Pour te souvenir de celle que tu étais.

Tout semble s’ouvrir devant toi. Tout devient possible. Tu vas enfin quitter le lycée et partir pour une ville plus grande et devenir indépendante. Ce n’est pas sans appréhension. La vie d’adulte et son lot de responsabilités ne font pas toujours rêver.

Que vas-tu faire de cette indépendance ? Où vont te mener tes études ? Tu t’inquiètes toujours un peu, tu imagines tellement de choses, de chemins, tout en sachant au fond de toi que ce que tu vivras réellement sera sans doute différent.

Tu sais déjà que tu perdras de vue certains amis du lycée et tu as hâte de rencontrer de nouvelles personnes, de voyager, de vivre à Paris.

A 50 ans, nous sommes d’accord, c’est ce que tu souhaites, je t’imagine célibataire, sans enfant. Tu auras cette liberté de tout quitter ou de tout recommencer. Être sans attaches fait partie de toi. Tout le monde te prédit une grande réussite mais peut-être en sera-t-il autrement ?

La vie n’est pas linéaire mais en tout cas, je souhaite que tu ne vives pas dans la région. Tu t’es tellement ennuyée dans les Vosges, entre les forêts, les histoires du collège et du lycée. Tu n’as jamais aimé les petites villes, je ne peux pas t’imaginer vivre à nouveau dans cet endroit. Ta grand-mère disait parfois « Ne dis jamais, Fontaine, je ne boirai jamais de ton eau. » Ta grand-mère a des proverbes pour toutes les situations de la vie. Peut-être que toi, aussi à 50 ans, tu t’exprimeras par proverbes, citations. Ça évite de réfléchir et ces vérités toutes faites, permettent de penser vite à autre chose.

J’espère que mes parents seront toujours là, quand tu auras 50 ans. Maman sera guérie et libérée de ses problèmes de santé. Papa sera toujours aussi drôle et plein de vie. Lorsqu’ils viendront te voir à Paris, tu passeras des moments inoubliables avec eux et tu leur feras oublier qu’ils n’auront pas de petit-enfant

J’aimerais que tu ne t’attaches pas trop. Les relations sont toujours décevantes. Ta sensibilité ne doit pas être un frein à ce que tu souhaites. Ta timidité ne devra plus être une barrière, tu dois pouvoir passer outre, comme tu le fais dans le cadre du lycée.

Je t’imagine plus forte que tu ne l’es et j’espère que tu le seras. Papa me dit toujours que tout passe avec le temps, on oublie les déceptions et on recommence.

Aujourd’hui, j’oscille entre l’euphorie de cette nouvelle vie et l’inquiétude. J’ai toujours tellement de doutes. J’aimerais parfois avoir une image de ce que tu seras devenue et

surtout savoir si tu as réussi à combattre tes peurs et à réaliser ce que tu veux, écrire, créer.

Dans quelques temps, je serai seule dans ce petit appartement près de l’université, sur les hauteurs de Nancy. C’est un saut dans le vide. Je reviendrai les week-ends pour voir mes amis, mes parents.

J’espère qu’à 50 ans, tu te souviendras de celle que tu étais à 18 ans. Ces 18 ans que tu vas fêter ce soir avec tes amis et ta famille. Tu retomberas peut-être un jour sur cette lettre avec nostalgie. Un petit sourire aux lèvres. Tu seras si heureuse et épanouie. Tu aimerais me rassurer, me dire de ne pas m’inquiéter. 

Proposition d'Alexandra Merent

Ici, le 21 juin 1996 .

A la future « Rock’n’roll Star ».


« On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans » disait Rimbaud.

Tu me feras savoir ce que t’en penses lorsque tu seras un Grand ?


Auras-tu le même sens de l’humour que Papa ?

J’espère que tu conserveras le piquant maternel, pour la cuisine, les bons mots, les cheveux… crépus et qui grattent.


Sans doute qu’une barbe drue recouvrira mes joues aujourd’hui juvéniles, à la manière de nos héros d’enfance et que tu marcheras sur les pas de Nick Cave et de ses mauvaises graines ou de Stuart Staples des Tindersticks, dans des chaussures de Géant dandy classes !


Je ne rêve que de musique en costume trois pièces pour concert en rock’n blues.


J’ai trois guitares au compteur, mais, j’imagine, que tu auras une pièce dédiée à l’instrument du Jimmy Page Hendrix, en devenir à l’instant où je t’écris cette lettre.


Tout-à-l’heure, le groupe qu’on a monté, Jean, Paul, Georges et moi, jouera pour la première fois à la fête de la musique .

Je flippe.

Est-ce le début de quelque chose ?

C’est une première étape.

On va jouer des reprises, bien sûr, et quelques unes de nos compositions.

On verra…

L’angoisse et l’impatience se mêlent.

J’aimerais tellement déjà être demain pour savoir où ça va nous mener…


Les parents, pour assurer mes arrières, comme ils disent, me poussent à me concentrer sur les études.

Si je pouvais me projeter dans ton présent, je m’économiserais peut-être les heures que je passe à potasser pour le bac et toutes ces conneries.

Mais bon, pas le choix, c’est donnant-donnant, et si je veux avoir la paix…

Alors, je révise pour avoir ce fichu bac S.

Je travaille aussi mon anglais, ça c’est sûr !

L’hexagone est bien trop petit et Jean, lui, assure en anglais !


Est-ce que je rencontrerai une Anita Lane ou une PJ Harvey ?

Si ça se trouve, je finirais père célibataire par amour pour la musique.

Et peut-être même que ton job n’aura au final, rien à voir avec les sciences et les mathématiques…

Rock’n’Roll !

Proposition de Mary

A celle que je suis devenue, A celle que je serai.

Si jamais tu trouves cette lettre tu vas certainement être surprise. Tu auras probablement oublié que tu l’avais écrite. L’avenir à mon âge me paraît très incertain, alors que toi à quarante ans tu as sûrement pleins de certitudes derrière toi. Je t’envie car je suis à un stade de ma vie où il y a beaucoup de points d’interrogations.

Cependant comme j’ai seize ans je me retrouve entre deux âges. Plus considérée comme une enfant et pas encore une adulte. Néanmoins censée se comporter d’une manière responsable. Plus le droit de faire des bêtises. Elles sont impardonnables. « Tu devrais savoir mieux ».

Peut-être que d’ici là je me serai émancipée et que je m’aurai octroyée le droit de faire quelques dérapages- pas très graves bien sûr- et éventuellement d’en avoir tiré des leçons.

Tu as peut-être fait des études, car à l’école tu as toujours eu de bons résultats. La lecture t’a toujours passionnée. Tu avais toujours un livre à la main même en faisant la queue devant le réfectoire de ton pensionnat avant les repas du midi et du soir. Quel beau moyen d’évasion de se plonger dans les aventures d’un guerrier héroïque ou de lire la vie d’ Amelia Earhart, une des premières femmes aviatrices dont les exploits faisaient rêver.

A la bibliothèque municipale des enfants, te rappelles-tu, que sur les deux livres autorisés à l’emprunt, l’un devait être une oeuvre de fiction et l’autre une œuvre de non-fiction. Bien sûr tu préférais des œuvres de fiction. Pour détourner la consigne tu avais trouvé une combine,une astuce. Tu avais découvert que parmi des livres de non-fiction, il y avait beaucoup de livres qui traitaient de l’Histoire. Dans ces livres, on racontait des faits réels qui permettaient à la gamine que tu étais de poursuivre sa préférence pour des histoires souvent se passant dans des pays lointains. Ils t’apportaient un dépaysement total et un enrichissement personnel et culturel. Cette catégorie de lecture allait être déterminante et allait te permettre d’affiner tes projets pour ta carrière future.

A quarante ans, ta vie est probablement sur des rails tout tracés. Tu as certainement fait des études supérieures. Et là, quel bonheur. C’était l’occasion qui t’a permis de t’échapper de ta petite ville étriquée de province, de faire la connaissance de personnes intéressantes et stimulantes, d’aller régulièrement dans le capitale pour assister à des pièces de théâtre, de faire partie des clubs d’étudiants, de développer une ouverture d’esprit, restée étroitement cloisonnée entre les parents, la famille, l’école, la religion, la peur de faire des impairs.

Sans doute tu as fait des voyages. Cela ne m’étonnerait pas, vu ta curiosité pour les nouveautés, surtout ta fascination pour la France et son histoire.

Peut-être es-tu mariée, que tu as des enfants, qui sait ?

J’espère que tu n’es pas déçue du tournant qu’aurait pris ta vie, que tes rêves se sont réalisés.

As-tu fait les bons choix, pris les bonnes décisions ? Est-ce que l’avenir tel que tu l’imaginais , l’envisageais correspond à tes espérances ?

En tout cas j’espère que tu es heureuse et comblée dans ta vie personnelle et professionnelle. Peut-être es-tu en train de te dire « si j’avais su à seize ans que je me trouverais ici et en train de faire un métier que j’adore, j’aurais eu du mal à l’imaginer ».

En tout cas je te souhaite bon vent. Aies une pensée pour toi-même quand tu avais seize ans, sois tolérante et indulgente pour la jeune adolescente que tu étais.

 




 

 

 

 

 

 

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Textes Ecrire à la manière de Charles Juliet

Textes écrits: Habiter le temps samedi 26 avril de 16h15 à 16h45

Textes inspirés par des scènes se déroulant sur ou près d'un fleuve