Quatrième séance 26 avril à partir du roman Ce qu'on devient d'Anne-Sophie Brasme et de Vous qui Habitez le temps de Valère Novarina

 1.Découverte du roman d'Anne-Sophie Brasme:Ce qu'on devient

 Interview d'Anne-Sophie Brasme sur Azur.Fm

Analyse du roman  Ce qu'on devient

Texte point de départ de la consigne: début du roman. Lettre que l'adolescente écrit à son moi devenu adulte.

Metz, 26 aout 2000

A celle que je suis devenue,

A celle que je serai,

Si jamais tu trouves par hasard cette lettre, merci d’être sympa avec moi. De ne pas trop juger l’ado qui t’écrit en ce moment même, et que tu avais peut-être oubliée depuis longtemps.

                Je te vois déjà lever les yeux au ciel : «  une lettre à mon moi futur, mais quel cliché ! »

Pardonne- moi. J’ai seize ans. A moi seule je suis un cliché. Je ne sais rien encore. Toi si. Les années entre nous t’ont sans doute débarrassée de mon ignorance et de mes maladresses. De mon acné aussi, j’espère. J’imagine que tu as fait des études ; que tu as passé des heures à lire des bouquins qui me sont pour l’instant parfaitement inaccessibles. J’imagine que la vie aussi, t’a appris. Tu as dû voyager, déménager, parfois même galérer. Ta géographie est peuplée de territoires qui me sont encore inconnus, d’appartements, de ries, de cafés et de couloir de métro, d’odeurs et de bruits dont le souvenir te rend nostalgique- mais que moi, je ne connais pas encore. J’imagine que ton parcours est rempli de rencontres, de coups de foudre et de blessures ; que tu as ri, flirté, fait l’amour ;que tu as été séduite, oubliée, mais je l’espère surtout, follement aimée. A l’heure où je t’écris, quelque part dans le monde, ces personnes-là existent ; leur cœur bat déjà et elles dorment tranquillement, sans savoir que nos destins vont se croiser et qu’elles vont bousculer ma vie.

                Vingt ans nous séparent toi et moi, et pourtant ces êtres et ces lieux vivent déjà par eux-mêmes. Ils sont là, silencieux. Ils attendent, c’est un vertige pour moi de me dire que je suis ici : ici à la lisière de tout ce monde.

                A toi que j’ai été, à toi que je serai, je voudrais te rappeler ce matin d’aout où je t’écris. Il n’esy même pas six heures, j’entends papa et maman qui chuchotent dans la cuisine sans savoir que je suis réveillée. Ce matin, tout est suspendu, et le vertige s’enroule dans mon ventre. Dans une semaine, je rentre en première, mais ce n’est pas ça qui m’étourdit. Ce qui m’étourdit, c’est l’idée que dans quelques heures, nous serons arrivés à Paris ; que nous nous retrouverons tous les trois dans le bureau de l’éditeur qui nous a appelés il y a deux semaines ; et qu’avant la fin de la journée, j’aurai peut-être basculé de l’autre côté de ma vie.

                Maman me dit de garder la tête froide ; qu’on verra bien si c’est sérieux ; que pour l’instant je dois me concentrer sur le lycée. Papa, lui, c’est tout le contraire. Il rêve déjà d’articles, de dédicaces et de prix littéraires, et s’imagine à la rentrée, fanfaronnant devant ses collègues : «  ma fille publie son premier roman ! »

                Et entre eux deux, je reste flottante.

                Parfois mon cœur s’emballe de ce rêve qui s’exauce, je voudrais le crier sur tous les toits, vous vous rendez compte, vous vous rendez compte ? Moi l’invisible, je vais devenir « quelqu’un ».

                Et aussitôt, je le contiens, comme pour l’empêcher de battre trop fort. Redescends sur terre, ma vieille. Invisible tu étais, invisible tu resteras.

                Mais toi qui me lis, tu sais déjà ce qui m’attend.

                Ce serait trop beau, bien sûr, si tu pouvais me dévoiler la fin. Me raconter ta vie d’écrivaine accomplie. Tes journées rythmées par l’écriture et la vie, parfaitement équilibrées : d’un côté les manuscrits, les lectures, les longues heures de solitude- et de l’autre les enfants qui jouent, le mari aimant, les amis qui viennent dîner. Ce serait trop beau, si tu pouvais me montrer le visage de celui qui m’aimera. Si tu pouvais me dire ce qu’Anouck et Léa, elles aussi, sont devenues.

                Mais peut-être et c’est ce que je pressens déjà- que rien ne s’est passé comme je l’avais rêvé. L’ironie de cette lettre, je la connais, bien entendu : tu ne me révéleras rien. Tu resteras muette jusqu’à ce que je découvre l’histoire par moi –même.

                Alors je vais rester là encore un peu, à la lisière, le vertige au creux du ventre. Dans quelques minutes, papa ouvrira la porte de ma chambre pour me dire que c’es l’heure de se préparer pour partir à la gare.

Et c’est là que l’histoire commencera.

Signé :

Sophie B.16 ans

Consigne: A votre tour,  imaginez la lettre que votre moi adolescent aurait pu écrire à votre moi adulte.

Réflexion sur l'usage du point-virgule.

. Quand faut-il utiliser un point-virgule ?

Un point-virgule permet de séparer deux propositions indépendantes, mais liées par le sens.

• Le point-virgule marque une pause plus forte que la virgule, mais moins forte que le point.

 • On l’utilise surtout pour marquer les étapes d’un raisonnement, souligner l’enchaînement des idées.

Ex. : « Les enfants commencent par aimer leurs parents ; devenus grands, ils les jugent ; quelquefois, ils leur pardonnent. » (Oscar Wilde)

Le point-virgule marque une pause de moyenne durée. Le point-virgule se place, en principe, entre des propositions indépendantes mais reliées par une même action et faisant partie d'une même idée (parfois contradictoire). (Il est beau, gracieux, sublime ; il ne sera jamais touchant.)

Le point-virgule se place entre des propositions indépendantes mais associées dans un même contexte. (Il tombe et se débat ; le fauve se jette sur lui ; la corde se détend et arrête son bond.) Mais il peut se placer entre les diverses subordonnées, dépendant d'une même principale (Je suis content que tu sois venue ; que ton sourire illumine ce moment ; que ton rire nous fasse oublier nos soucis.)

Ceci dit, l'emploi du point-virgule se rapproche souvent de celui d'une simple virgule. (Ce n'était pas une île déserte ; pourtant je me sentais seul.) Tout est affaire de sensibilité, certains auteurs pensent même que c'est un signe superflu.

Le point-virgule sépare habituellement les membres d'une énumération

 

2.       Récit du réel comme totalité sensible : Vous qui habitez le temps de Valère Novarina

Site de l'auteur 

Se promener dans un espace en partant de la salle de réunion, faire dix pas, s’immobiliser et noter l’ensemble de ce qui parvient aux 5 sens. 

Ne pas s’interroger sur ce que l’on écrit, noter la perception dominante comme si on s’ouvrait au déclenchement d’un diaphragme. Ce qu’on voit ce qu’on entend. 

Ce qui traverse alors l’esprit. 

Creuser la qualité de la sensation.

Laisser venir les pensées sans les censurer, ça me fait penser à

Travail en extérieur dans un lieu qui se refuse a priori au langage : supermarché, carrefour, rond point, possibilité de sortir du Lézard. Une demi-heure d’exercice et un temps pour relire. Partage ensuite.

Possibilité de noter le temps  ( heure, minute) ou pas.

Partage d’un même temps d’un même espace, se réapproprier le  réel et le temps.Habiter le temps!

 



 

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Textes Ecrire à la manière de Charles Juliet

Textes écrits: Habiter le temps samedi 26 avril de 16h15 à 16h45

Textes inspirés par des scènes se déroulant sur ou près d'un fleuve