3ème séance A partir du récit A la folie de Joy Sorman ( Festival Senti'mental du Fesival le Lézard) 29 mars
Pendant cette semaine, l'association du Lézard s'intéresse à la question de la santé mentale et m'avait demandé de préparer une séance un peu particulière sur ce thème et de vous inviter à la restitution des ateliers d'écriture menés par Fred Cimbao avec les patients du Centre Thérapeutique de Jour des Hôpitaux de Colmar.
J'ai choisi de vous faire découvrir le récit de Joy Sorman intitulé A la folie. Pendant une année, tous les mercredis l'écrivain s'est rendue au pavillon 4B d'un hôpital psychiatrique et y a recueilli les paroles de ceux que l'on dit fou et de leurs soignants.
Elle en parle à la librairie Mollat
Le texte support de ma consigne se situe des pages 15 à 17 dans l'édition de poche. Je le retranscris pour vous.
Affalé sur une chaise, dans l'angle mort de la salle commune, Franck semble reprendre son esprit comme après un violent effort. Son allure christique convoque des images de descente de croix- tête penchée, cheveux aux épaules, bras ballants écartés, pieds nus aux ongles démesurément longs, regard franc qui balaye l'espace, enveloppe les choses et les hommes dans une même douceur, gestes ralentis sous l'effet des médicaments et de l'enfermement, et peut être aussi d'une infinie précaution.Franck vient de passer un mois en chambre d'isolement, il en est sort une demi heure plus tôt. on ne lui a pas rendu ses chaussures de peur qu'il s'enfuie, et il porte encore son pyjama anti-suicide de papier bleu, ce fin vêtement qui n'en est pas un, se déchire d'un geste,n'habille aucun corps, couvre à peine, floute les silhouettes- Franck est comme nu.
Il a hâte de récupérer le sweat à tête de loup et le jean blanc troué aux genoux qu'il portai au moment de sa fugue, mais si on le laisse dans cet uniforme clinique c'est pour éviter qu'il décampe à nouveau, un Christ en pyjama ne passerait pas inaperçu dans les rues de la ville.
Je me suis barré, les infirmiers m'ont coursé, je me suis caché dans une poubelle, je voulais seulement prendre mes 500 euros à la banque et revenir, mais j'ai acheté du shit, je me suis envoyé un whisky à 11 euros au comptoir, j'étais défoncé, je me suis écroulé, je me suis fait dépouiller, les flics m'ont ramené, ça n'a pas duré longtemps cette petite promenade. La vérité c'est que j'ai fugué pour me faire tatouer Jésus et Marie sur le bras gauche, c'est pour ça que j'avais besoin des 500 euros. ET puis je voulais faire un tour en forêt pour parler aux arbres, à leur contact je respire enfin, lentement et profondément. parfois aussi je me déshabille, je m'allonge sur le ventre, la bite dans la terre pour sentir l'humus et les vibrations. Bref voilà, comme à chaque fugue, pour me calmer, me punir plutôt, on m'a mis d'office en iso. Mais parfois quand je me fais trop peur, c'est moi qui réclame l'isolement. Quand je suis en délire, que je regarde intensément le ciel et que je vois une multitude de points lumineux mobiles, comme des fées. Ou quand je sens que j'ai le sexe tout mité. Et surtout quand je deviens loup-garou. En iso, la première semaine on croit qu'on va mourir, et puis on s'habitue ça va. Pour occuper le temps je me fais des délires cosmiques, vous savez je suis schizo et parano au dernier stade. C'est quoi le dernier stade? Est-ce qu'il n'y a pas toujours un stade au-dessus qu'on n'imaginait même pas? Le stade encore au-dessus, le stade ultime, c'est moi en objet céleste, aspiré, englouti et dissous dans un trou noir.
Franck a 40 ans, il est bien connu au pavillon 4B, il y fait des séjours réguliers depuis plus de vingt ans...
Consigne: Vous aurez remarqué que Joy Sorman décrit d'abord le personnage de Franck puis retranscrit sa parole à la première personne sans que le texte n'indique un passage de l'un à l'autre. la narration et la parole de Franck se tissent.
A votre détour créez un personnage qui souffre d'une pathologie mentale en le décrivant après observation de façon factuelle puis en faisant glisser le récit vers la parole de ce personnage.
Pendant la séance je vous ai invités à relire le texte trois fois en changeant d'angles d'observation:
- veiller au choix des pronoms que vous utilisez;
-vérifiez si votre texte privilégie l'un des cinq sens plutôt que les autres, décidez si vous retravaillez votre texte pour donner à sentir davantage ou si au contraire vous conservez délibérément l'un des sens plutôt que les autres.
- Veillez aux temps utilisés. Joy Sorman choisit le système du présent, pas de passé simple, des temps composés pour garder un lien sensible avec le présent, même lorsqu'elle évoque le passé.
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