2ème Séance 15 février à partir de la Maison Hantée et Si je suis de ce monde...
Accueil des présents, présentation des nouveaux
-Rappel de l’existence du blog.
Premier exercice:
Coup de cœur pour le roman la Maison hantée de Michèle Audin, continuité car Oulipienne // avec La Vie mode d’emploi de Georges Perec, lien entre ce qui est personnel et l’Histoire ( avec une grande hache) « L’histoire avec sa grande hache » : l’écrivain Georges Perec, avec ce jeu de mots, a désigné ce qui a tranché dans son histoire personnelle en le privant de ses parents dès l’enfance.
Qui est Michèle Audin ?
lien vers le site de Michèle Audin
Son blog sur la Commune de Paris
De quoi parle son roman La Maison hantée ( Minuit) ?
Après le Paris de la Commune, Michèle Audin raconte dans une fiction le quotidien de la capitale alsacienne annexée sous l’Occupation. Un roman gigogne où les archives nourrissent la fiction.
On peut être mathématicienne, attachée à la rationalité, et écrire des histoires de fantômes. Même si, en dépit de son titre, la Maison hantée n’a rien d’un conte fantastique ou d’une histoire extraordinaire façon Edgar Allan Poe. Venue sur le tard à la littérature avec Une vie brève (2013), portrait de son père, le mathématicien communiste Maurice Audin, Michèle Audin a fait sa carrière universitaire à l’Institut de recherche mathématique avancée de Strasbourg.
C’est dans cette ville qu’elle a choisi de situer son nouveau roman après plusieurs livres, fictions ou ouvrages historiques, consacrés à la Commune de Paris, une période qu’elle connaît bien et documente sur un blog. Habituée du travail de recherche, elle s’appuie sur une matière documentaire riche, patiemment assemblée, et met en scène sa propre enquête sur la capitale alsacienne, annexée de facto par le régime nazi, le 18 octobre 1940.
Delphine, l’étrangère, la « Française de l’intérieur »
Bibliothécaire sans attache, Delphine, la narratrice, s’installe à Strasbourg en 1992. Pour placer un petit héritage, elle achète un appartement dans un immeuble construit en 1931, où vivent encore deux vieilles dames qui ont connu l’Occupation. À leur mort, alors qu’elle a entendu dans la bouche d’un collègue le mot « nazi », Delphine, l’étrangère, la « Française de l’intérieur », se sent responsable d’une histoire qui n’est pas la sienne.
Partant des habitants de son immeuble, situé rue Dunat-Diehr, une artère fictive de Strasbourg, elle se plonge dans la lecture du règlement de copropriété, compulse les registres d’état civil, les coupures de presse ou un livre sur les bombardements de Strasbourg. La concierge de l’immeuble, Emma, retient particulièrement son attention. Mariée à Fabien, ouvrier originaire du Nord, mobilisé en 1939, elle a fait partie, avec sa petite fille, des milliers de Strasbourgeois évacués en 1939.
Comme on fendrait une chape de plomb, Delphine découvre peu à peu une histoire méconnue : la germanisation des noms, l’endoctrinement des enfants, l’autodafé perpétré au parc de l’Orangerie, l’enrôlement forcé des « Malgré-nous » dans l’armée allemande, les figures de la collaboration locale.
Alternant des chapitres consacrés à Emma et les siens, et le présent de Delphine, qui vit une histoire d’amour à distance avec un physicien espagnol, Michèle Audin signe un roman aux accents modianesques où les silences d’hier font écho aux non-dits d’aujourd’hui. Une belle façon d’entrer sous la prestigieuse couverture blanche des éditions de Minuit.
La Maison hantée, de Michèle Audin, les éditions de Minuit, 240 pages, 19 euros.
Le point de vue de l’escalier de la Maison Hantée : texte distribué.
p.71 La Maison hantée de Michèle Audin
Les périodes de confinement n’ont pas été des moments de grand calme pour l’escalier de notre immeuble. Les enfants du quatrième hurlaient en descendant jouer dans la cour. Ma voisine de palier sortait de son appartement pour téléphoner sans gêner son mari, qui devait l’entendre autant que moi. Tous nous rentrions du ravitaillement avec des caddies dont les roues cognaient bruyamment les contremarches…
J’ai eu le temps de penser aux effets de l’actualité sur l’activité dans- ou de- l’escalier.
Nul doute que l’évacuation a été pour lui un événement inoubliable. Tous les habitants, ou presque, se sont trouvés simultanément sur ses marches ou sur ses paliers. Bien sûr, il connaissait le parfum de chacune des femmes, bien sûr il avait déjà vu presque chacun des occupants ouvrir sa porte, sortir sa valise( ou son sac ou son panier ou toute autre sorte de contenant), la poser sur le palier, chercher ses clefs plus ou moins longuement, il connaissait déjà toutes les variations sur le « mais où donc ai-je mis mes clefs ? », il savait que finalement la porte serait fermée à double tour, par la serrure principale et, quand il y en avait un, par le verrou. Mais ce jour-là, cela s’est passé sur tous les paliers en même temps ! De sorte que c’était tout à fait différent, à cause du mélange de tous les parfums de toutes les femmes, du brouhaha créé par cette simultanéité, de l’angoisse engendrée par toutes ces anxiétés, les petits cris mais où ai-je encore fourré ces clefs, les pleurs des enfants, le mélange des sacs, cabas, sacs à dos, valises, cartables d’écoliers, voitures d’enfants peut-être, des sourires un peu gênés, car qui avait vraiment envie de sourire ce jour-là ?
Et enfin le calme absolu, l’attente. ( …)
Dans la maison, l’escalier attendait. Plus neutre que jamais. Rien n’y passait plus, ni journaux, ni lettres, ni télégrammes, ni visiteurs entrant, ni chats, ni mère de famille allant faire les courses, ni enfants partant pour l’école, ni malades venant en consultation. Plus d’éclats de rire, plus de hurlements de voisins râleurs. Le silence devenu grave de l’escalier profondément endormi. Glacé.
Petit exercice de lecture à voix haute : travail sur le texte comme une partition : ponctuation forte trois temps, virgule : un temps, laisser la voix en suspens aux virgules. bien respecter le rythme du texyte quand il est ponctué.Poser sa voix. Bien attaquer les débuts de phrase et soutenir ses fins de phrase ( "Attaque, finale")
Ne pas hésiter à s'entraîner à lire à voix haute.
Analyse rapide du texte : la narration à la première personne, bascule dans le point de vue de l’objet : verbe de perception avec comme sujet l’escalier mais on conserve la 3ème personne.
(Possibilité de faire parler l’objet à la première personne si vous voulez)
Consigne: Faire parler un lieu, un objet, donner sa perception des choses soit avec un point de vue interne, soit à la première personne. Temps d’écriture assez long.
2. Deuxième exercice:
Imagination, lyrisme et formalisme :
A partir Si je suis de ce monde d’Albane Gellé. Texte dont je perçois une nécessité aujourd’hui car il faut « résister », tenir debout !
Si je suis de ce monde , il faut tenir debout…
Qui est Albane Gellé ?
Albane Gellé est née à Guérande en 1971, et vit aujourd’hui dans une petite
commune à côté de Saumur. Elle se définit comme une personne « qui vit entre la
Loire et la forêt, en compagnie des chevaux », et souvent « handicapée de la
parole ».
Après des études de lettres modernes, elle cofonde à Saumur en 2006
l’association Littérature et poétiques, devenue Maison des littératures. Elle
organise dans ce cadre et d’autres des événements autour de la poésie. Elle
anime pendant plusieurs années des ateliers d’écriture auprès de publics
variés. Elle intervient aujourd’hui pour des lectures, formations et
manifestations autour de la poésie. Elle a publié une vingtaine de recueils et
reçu en 2003 le prix des Découvreurs pour L’Air libre (Le Dé bleu,
2002). Des publications récentes, comme Cher animal (La Rumeur libre,
2019) témoignent de son intérêt passionné pour les animaux, les chevaux en
particulier, qu’elle élève et dont elle vit aussi.
Sa poésie est nourrie de souvenirs d’enfance et de petits morceaux de vie
captés autour d’elle avec l’exigence, précise-t-elle, de « tenir l’équilibre
entre l’intime et l’universel ». Dans une prose apparemment simple et
spontanée, en fait celle d’une « spontanéité savante », selon un autre poète, Ludovic
Degroote, elle nous fait part d’un étonnement inquiet devant la vie et ses
accidents. Elle dit de manière retenue, sans apitoiement, la difficulté de se
confronter aux autres, à leur bruit, d’y trouver sa place avec ses mots, de
survivre et « tenir debout », dans cet espace mouvant, incertain, qui nous
entoure, contre la tentation d’abandonner, de courber l’échine. Tenir debout
aussi à braver passé et présent pour en faire de la poésie.
Petit reportage sur Albane Gellé
Comment est né le recueil de poèmes ? Comment les textes sont ils construits ?
Si je suis de ce monde d’Albane Gellé rassemble 49 courts poèmes.
Chacun d’eux commence par le verbe TeniR et ce termine par l’adverbe deBouT.
Au départ, 13 d’entre eux figuraient dans le catalogue de l’exposition d’art contemporain « Tenir, debout. » au musée de Valenciennes. Puis ils sont devenus 49 dans leur propre livre publié chez cheyne editeur.
entre ces TeniR et ces deBouT le poème prend sa place, son élan dans une écriture à la fois fluide et cabossée.
Albane Gellé crée sa propre grammaire. une juxtaposition d’états, de souvenirs, de positions, de descriptions, d’images, de visions, de sensations. Le poème est précis, lucide, urgent, il nous met au pied du mur.
Le corps est partout. Le corps, toujours vertical, se courbe, boite, s’ébroue, se plie, cherche, abandonne, tombe debout. Les jambes sont en coton, les doigts sont gelés, la tête claire, les pieds sur les pointes, le coeur brisé, la bouche cousue, les poings serrés, les paumes ouvertes, le corps en tulipe, debout. et les mots, ensemble, créent le déséquilibre nécessaire à la marche en avant du poème.
« Tenir langage éperdu trouble de chutes et creusements soulevant les phrases du sol au ciel cou de girafe secouant les silences les mots debout. » Si je suis de ce monde, page 42.
[Antoine Emaz analysant le recueil d'Albane Gellé
Le premier poème de Si je
suis de ce monde est programmatique : « Tenir journal de
ces jours combats livrés ou siestes sable de rivière noter bruissements
agitations en dehors de la maison inventorier les nuits sans lune tous les
étourdissements debout. » (p.11) D’entrée, l’auteure affirme une forme et
un but, refuser l’écrasement. Ces poèmes ne sont pas désespérés ou
désespérants ; ils disent avec force et à mi-voix le simple réflexe ou
instinct de survie digne : « Tenir…debout ». Entre ces deux
mots, c’est la vie qui coule, plus ou moins heurtée, plus ou moins facile.
Certains jours sont simples : le bonheur peut être à portée de main si
l’on regarde le cerisier. « Tenir penché pieds nus posés sur des cailloux
et les noyaux des mille cerises du cerisier en équilibre sur le roulis d’un
jardin calme les bras les yeux affairés dans de petites herbes des fleurs
debout. » (p.36) C’est souvent plus sombre si l’on considère l’état du
monde ou si l’on remonte en mémoire : « Tenir monsieur je vous
en prie la route à droite sans aller tuer pleins phares en face le père d’une
toute petite famille banquette arrière bébé solide pas encore pourtant
debout. » (p.55) Mais domine pourtant une façon de « tenir
sourire » (p.26), dans un effort de dépassement du négatif qui est assez
caractéristique de la poésie d’Albane Gellé. On ne s’installe jamais totalement
dans la détresse, même si l’infinitif injonctif « tenir » indique
bien l’effort, la prise nécessaire sur soi. En ce sens, c’est bien une poésie
morale, sans sermon ni bons sentiments : il s’agit de conduire sa vie et
de parvenir à un équilibre autant pour soi que pour les autres, quelles que
soient les circonstances. « Tenir à ses bibliothèques à ses bijoux à ses
photos jusqu’au jour où définitif tout est perdu sans aucun drame chemin
marchant une vie vieillie souriante encore un peu debout. » (p.40) En ce
sens, on pourrait qualifier de réconfortante la poésie d’Albane Gellé, ce qui
n’est pas si fréquent dans ce qui s’écrit actuellement. Elle indique la
possibilité d’un bonheur comme de biais, sans illusion aucune, mais fondé sur
des valeurs positives : aimer, écouter, partager… Et si cet engagement est
crédible, c’est parce qu’il n’est aucunement naïf ou enfantin : il affirme
lucidement qu’il reste de l’espoir, à condition d’aller le chercher. « Tenir
de source sûre et certaine que mille choses invisibles se tiennent autour en
cohérence cheveux tirés au beau hasard pour tracer route passé présent jusqu’à
tous les demains debout. » (p.41)
Par ailleurs, il est intéressant de voir comment la poète construit une forme
fixe, persistante, valable sans doute pour ce seul livre, mais efficace. Chaque
poème est un petit bloc de prose non ponctuée sauf la majuscule initiale et le
point final. Chaque poème débute anaphoriquement par « Tenir » et se
clôt par « debout. » Il y a quarante-huit textes montés de la sorte.
Au bout de quatre ou cinq pages, le lecteur a saisi le dispositif et attend sa
variation : tenir… les rênes, à l’œil, compte, le bon bout, en laisse,
conseil… Mais, outre que cette déclinaison est souvent décalée,
originale, (« Tenir sourire, Tenir pleine mer, Tenir la joie, Tenir
du fleuve… »), le corps de la phrase est chahuté syntaxiquement. On
connaît le début et la fin mais l’entre-deux est un remous de langue qui
désoriente le lecteur sans toutefois lui faire perdre pied parce que le poème
est bref et que les références sont claires. Ce jeu sur la tension
stable/instable est poétiquement intéressant.
A côté de ce livre dans la célèbre collection verte chez Cheyne, il convient de
saluer le travail d’Yves Perrine et ses petits livrets aux éditions La Porte.
Depuis une dizaine d’années, il fait un travail remarquable par sa modestie, sa
qualité et sa persévérance. Le livret que publie Albane Gellé est constitué de
seize poèmes comme à la périphérie ou dans le sillage de Si je suis au monde, mais sans la
reprise systématique du premier et du dernier mot dans chaque poème. Ceci dit,
la proximité d’inspiration entre les deux livres est sensible dès le premier
texte : « Bras de fer debout au poids du monde et aux menaces de la
fatigue guirlandes éteintes derrière les champs de tournesol tenir jusqu’à la
fin de l’automne. » De même, le second poème commence par « Tenir
compagnie… », le troisième par « Debout penché… » L’écho est
clair, un peu comme si le livret chez La Porte poursuivait une variation tout
en se détachant du livre chez Cheyne.
La poésie d’Albane Gellé est aussi simple que travaillée ; elle mêle les
émotions d’enfance aux questions d’adulte face à un monde aussi accueillant
qu’hostile, face à une vie autant possiblement heureuse que traversée de
détresse et de doute. Etonnante unité de ton, une sorte de mi-voix qui fait que
des poèmes brefs, isolés comme des îles, donnent l’impression finale d’un
continu de langue.
Temps d’écriture.
Recopier sur des grandes feuilles.
Lire et assembler les textes pour produire un travail collectif.
Commentaires
Enregistrer un commentaire