Textes à la manière des Notes de Chevet de Sei Shonagon
Alexandra Meret
- [1] Le goût du caramel au beurre salé sur la crêpe croustillante
- [3] Le vol erratique d'une chauve-souris entre les lampadaires ; les amoureux glacés, tremblants dans le déni, sur un banc au bord de l'Isar
- [2] L'odeur de la vase au bord du Rhin et le pêcheur qui en sort une anguille
- Le cervelas-vinaigrette dans la cuisine sombre et la bretzel ravivée sur la flamme de la gazinière
- Le moignon de l'auriculaire de ma grand-mère
- Quinze minutes d'échanges avec ChatGPT
- Les regards qu'on détourne parce qu'on refuse une émotion ; la culpabilité qui suit.
- Voir son père qui chercher ses mots, qui s'énerve, qui désespère
- Le rebond de l’ombre du saule sur le mur du bureau
- La voix d’Eva Bester tirant le meilleur de ses invités
- La cinquième couche de peinture que l’on pose sur le visage d’une figurine
- Passer le doigt sur les couvertures de la bibliothèque, égrener les rencontres, avoir envie de relire.
- La note qui se perd dans le silence à la fin de la musique de la Liste de Schindler quand je l’écoute, dans le noir
- La tirade de la mort de Cyrano
- Ce moment où on appuie sur « Envoyer » et qui crée un futur
- Quand on comprend soudainement ce qui nous était mystérieux jusqu’à présent
Choses qui font naître un doux souvenir du passé
● Un carton oublié, rempli d’objets de son enfance,
● Des cahiers d’écolier, témoins d’un autre temps,
● Des jours où gagne la nostalgie, quand on n’a rien d’autre à faire que rêvasser.
Choses qui font battre le coeur
● Prendre le temps de prendre soin de soi,
● Se coiffer, se maquiller, se pomponner, se parer de ses plus beaux habits et bijoux,
● Paresser dans son canapé, captivée par un roman,
● Marcher dans la montagne par grand beau temps, entourée de paysages époustouflants.
Choses qui semblent éveiller la mélancolie
● Randonner par temps pluvieux ou brumeux, avec des vues très limitées, rentrer trempée et transie de froid,
● Avoir attendu beaucoup d’une soirée, avec des amis, et rentrer déçue et fatiguée,
● Classer des documents ou des photos, qui évoquent des moments de vie pas toujours heureux.
Choses qui distraient dans les moments d’ennui
● Regarder des photos et des vidéos des enfants, des petits-enfants, de la famille, …
● Se plonger dans un bon roman,
● Regarder un bon film à la télé, plutôt drôle,
● Monter des projets de vacances, de voyages, de randonnées, …
● Décider d’une sortie en dernière minute au théâtre, au cinéma, voir une exposition, faire du shopping.
Alexandra Morardet
Choses qui ne servent plus à rien, mais qui rappellent le passé
Un vêtement oublié dans une malle du grenier dont les motifs sont reliés aux matinées d'été
Un mouchoir en tissu qui rappellent les mains de ma grand mère et l'odeur de lavande qui émanait de son armoire
Une vieille cassette audio oubliée sur laquelle des morceaux du groupe The Cure avaient été copiés par un amoureux éconduit
Choses qui font naître un doux souvenir du passé
La lumière du printemps en Italie qui rappelle les matinées après un voyage en train de nuit pour rejoindre un amour de jeunesse à Naples
L'odeur de la pluie sur l'herbe mouillée qui rappelle le jardin de la maison familiale et les dimanches d'automne
Les rires des enfants dans une cour de récréation qui rappellent l'enfance mais aussi cet appartement de Paris, dont les fenêtres de la cuisine ouvrait sur ces souvenirs
L'odeur et la couleur des lilas au printemps, sous lesquels je m'asseyais pour lire au fond du jardin, entre le blanc et le mauve, ramassant les petites fleurs en étoiles
L'acidité des groseilles vertes qui me rappelle que rien n'était grave et que tout était à faire
La lumière des réverbères qui apparaît alors que le soleil n'a pas encore décliné, la poésie de cet entre-deux, avant que la soirée ne commence- Entre chien et loup-quand les passants s'apprêtent à rentrer chez eux ou à sortir dans les rues de Paris, se croisant dans des vies différentes qui rappellent les soirées de la jeunesse pleines d'amitié, de rencontres et de rires.
Choses qui gagnent à être peintes
La lumière du matin sur le toit des immeubles depuis sa fenêtre lorsqu'on revient d'un long voyage et qu'on retrouve la vue familière qu'on avait oubliée
Le dernier repas avec des amis avant que nos chemins ne se séparent, dans la lumière d'un soir d'été, et les promesses de se retrouver alors que nos projets nous amèneront dans des lieux totalement éloignés et des vies opposées.
Choses rares
Entendre le rire d'un ami perdu de vue, retrouvé vingt- cinq ans plus tard
Le souvenir du parfum de la mère
Le grain de la voix du père
Choses qui rendent mélancoliques
Un livre lu et relu retrouvé dans le grenier dont les pages annotées révèlent l'écriture de mon grand père
une liste de courses posées sur la table de la cuisine, dernière trace du quotidien laissée par ma mère
Ses vêtements pliés dans l'armoire que je dois vider
Les premières notes d'un morceau de musique tant écoutés et oublié
Francine
Choses qu’il faudrait inventer : un réveil matin qui ne sonne pas un stylo qui ne sèche jamais le rêve que l’on peut raconter le matin une pandémie de bonne humeur
Choses qui font nos liens aux lieux : L’odeur des pas derrière une porte ouverte, la résonance des voix dans un plein ou un vide l’ombre mouvante du monde en miroir sur un mur.
Ce rayon de soleil essayant de s’imposer ce que l’on devine de la succession de vies et les souffles qui perdurent et nous accompagnent
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