Le récit d'un point de vue animal ou végétal
Contribution de Mario Et me voilà aussi épuisé, aussi désespéré que l’Autre, qui me regarde par-delà la clôture. Par le regard je lui signifie que je ne peux plus, que rien désormais ne me fera continuer mon repas. Peut-être la femelle pourra-t-elle terminer, elle qui attend des petits. Mais quand je la cherche en tournant le corps (maudite absence de cou !) je la vois étendue, dans le coin, près de la soue, elle-même tellement pleine, dans tous les sens du terme, que même le tortillement de sa queue semble suspendu. Je souffle, tente de me libérer l’œsophage. Ah, ce n’est pas mauvais, attention ! Mais on s’habitue à tout, surtout lorsque ce tout est fréquent. Et lui, là, le pourvoyeur, le hurleur, le ponctionneur, le tout-puissant... je crois que je le vois paniqué. C’est amusant que nous ayons presque le même regard, presque la même expression. J’essaie de tordre la bouche comme lui le fait, mais non, rien à faire, il a quelques talents que je n’ai pas. A ma...